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La SAM liquidée : Renault et le gouvernement responsables et coupables !

Renault abandonne la Sam, condamnée à la liquidation judiciaire

Publié le mercredi 24 novembre 2021  par Audrey Sommazi

Renault, principal client, a annoncé mardi soir refuser soutenir l’offre de reprise de la fonderie automobile Sam, dans l’Aveyron. Les salariés sont sous le choc.

La douche froide. La décision tant attendue de Renault, le principal client de la fonderie Société Aveyronnaise de Métallurgie (Sam), installée à Viviez, en Aveyron, est tombée ce mardi 23 novembre en fin de journée, comme un couperet. Dans un communiqué de presse, le constructeur automobile déclare ne pas pouvoir « s’engager sur le projet de reprise d’Alty-Sifa », portée par l’ancien dirigeant de cette fonderie, Patrick Bellity, unique candidat à la reprise.

« Cette offre ne présente pas les conditions de pérennité et de sécurité nécessaires pour l’entreprise et ses salariés. Il existe de forts doutes sur la solidité financière, malgré les supports financiers externes envisagés, et les réelles capacités d’investissement et de redressement de Jinjiang Sam par Alty-Sifa », ajoute le groupe. Pourtant, Patrick Bellity avait obtenu des promesses financières à la fois de l’État et de la Région Occitanie : un tour de table de 9 millions d’euros en tout, ventilé sous la forme de subventions et de prêts. « Je n’ai pas d’explication à cette décision que je trouve bizarre. J’apporte les garanties financières, on ne demande rien à Renault. Je n’ose pas imaginer les conséquences de cette décision », réagit, incrédule, Patrick Bellity, déplorant les « milliards offerts par l’État au groupe sans contrepartie ». « Mes équipes sont abattues. Et, moi je suis en colère », a-t-il réagi hier soir.

Sandrine est sonnée. « Ce texte est louche, il me fait bondir. Mais pour moi, ce n’est pas une réponse. Il n’y a aucun argument, c’est un prétexte. » À l’annonce de cette décision décisive pour l’avenir de ce fabricant de pièces automobiles, la CGT, unique organisation syndicale de la Sam, garde le silence, comme médusée. « Nous venons d’apprendre à l’instant par la presse que Renault n’accompagnerait pas le projet de reprise. Nous n’avons aucune information officielle de la part des administrateurs. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas réagir dans la presse pour l’instant », indique le syndicat dans un communiqué lapidaire.

« La réponse apportée par Renault est irresponsable et destructrice »

« La réponse apportée par Renault est irresponsable et destructrice : elle condamne l’usine et ses activités », regrette Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, qui « partage le choc et l’indignation des salariés, et au-delà, de toute la population. Mon engagement auprès d’eux est sans faille. » Carole Delga, qui prévoit de se rendre lundi 29 novembre sur le site pour rencontrer les salariés, annonce déployer des dispositifs de formation pour les accompagner. « Nous poursuivrons le travail mené pour que des projets industriels d’avenir voient le jour sur le territoire. La Région ne vous laissera pas tomber ! », promet-elle.

Pour peser sur la décision de Renault, auquel le tribunal de commerce de Toulouse avait donné jusqu’à mercredi 24 novembre pour se prononcer, les salariés ne sont pas restés les bras croisés ces derniers jours, multipliant les actions. Lundi, ils bloquaient leur usine et mardi, dans l’après-midi, une délégation composée d’une centaine d’entre eux manifestait devant la préfecture de l’Aveyron, à Rodez.

En vain. Ce vendredi 26 novembre, le tribunal de commerce de Toulouse, dans son délibéré, tranchera : il fixera une nouvelle audience pour accorder un délai de trois mois à cette usine, reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang avant d’être placée en liquidation judiciaire avec maintien de l’activité jusqu’au 10 décembre. Ou sa liquidation.
Audrey Sommazi

Sur la photo : Les employés de la Sam ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois pour alerter l’opinion sur le sort de l’usine de Viviez. Crédits : Rémy Gabalda – ToulÉco.

En Aveyron, Renault lâche la fonderie automobile SAM

Le constructeur ne croit pas au projet de reprise porté par un ancien dirigeant du site. Une décision qui devrait condamner cette usine de 340 salariés à la liquidation.

Par Audrey Sommazi(Toulouse, correspondance) et Eric Béziat

Des salariés en grève de la Société aveyronnaise de métallurgie protestent contre les suppressions d’emplois, à Viviez (Aveyron), le 10 mars 2021.Des salariés en grève de la Société aveyronnaise de métallurgie protestent contre les suppressions d’emplois, à Viviez (Aveyron), le 10 mars 2021. LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Je suis estomaquée », réagit Sandrine. Cette infirmière, employée de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) de Viviez, dans l’ancien bassin houiller de Decazeville (Aveyron), n’en croit pas ses yeux. Mardi 23 novembre en début de soirée, depuis sa maison située à Querbes, un hameau distant d’une vingtaine de kilomètres de cette usine qui fabrique des pièces automobiles, elle lit sur Internet tous les articles de presse qui mentionnent le refus de Renault de soutenir l’unique offre de reprise, portée par Patrick Bellity, dirigeant de cette fonderie jusqu’en juin 2016, et actuellement patron du groupe Alty et de sa filiale SIFA Technologies.

Reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang, la SAM, installée sur les hauteurs de Decazeville, avait été placée en redressement judiciaire le 10 décembre 2019, puis, le 16 septembre, en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité jusqu’au 10 décembre. Mardi, en fin de journée, c’est par la voie d’un communiqué de presse que Renault, l’unique client de la SAM, clarifie sa position à l’égard de cette offre de reprise et douche, dans le même temps, le mince espoir des salariés.

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Si le constructeur automobile a décidé de soutenir le plan de reprise d’un autre sous-traitant en difficulté (Alvance Aluminium Wheels, avec ses 280 salariés, basé à Diors, dans l’Indre, repris par le groupe Saint Jean Industries), ce n’est pas le cas pour la SAM. « Renault Group ne peut s’engager sur le projet de reprise d’Alty-SIFA », indique le constructeur, qui motive sa décision par la fragilité financière de cette candidature : « Cette offre ne présente pas les conditions de pérennité et de sécurité nécessaires pour l’entreprise et ses salariés. Il existe de forts doutes sur la solidité financière, malgré les supports financiers externes envisagés, et les réelles capacités d’investissement et de redressement de Jinjiang SAM par Alty-SIFA. »

« Il fallait une décision en haut lieu »

Une source proche du dossier va plus loin, affirmant que « ce projet, pas viable, est porté par un repreneur qui a démontré qu’il n’est pas crédible. Pour une fois, Renault est droit dans ses bottes et assume ce que le gouvernement et les élus n’osent pas reconnaître en période électorale ». « Ce n’est que du blablaC’est impossible d’écrire des trucs pareils pour supprimer des emplois. Ça sonne creux et c’est scandaleux », tonne Sandrine, emportée par la colère.

Julien, lui, se dit « dégoûté » si la SAM ferme ses portes définitivement, laissant sur le carreau 340 emplois. « Pour le moral, je ne me projette pas et je ne cherche pas de travail », espère encore le jeune chef d’équipe. Didier, manutentionnaire depuis trente-sept ans et proche de la retraite, ne se berce plus d’illusions. « A mon âge, je n’attends plus rien. Cela fait deux ans qu’on laisse traîner cette situation. Toutes les fonderies ferment. Il fallait une décision en haut lieu », regrette-t-il.

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Patrick Bellity, lui, s’offusque. « Je n’arrive pas y croire. On marche sur la tête. Vous croyez que les salariés, dont la moyenne d’âge est de 54 ans, vont laisser leur famille pour aller travailler à l’usine de Flins [Yvelines], en Roumanie ou en Turquie ? Cette décision, c’est de la foutaise. On se fout de la gueule du monde », enrage-t-il, déplorant les « milliards offerts par l’Etat au groupe sans contrepartie ».

« J’ai fait mon job pendant dix-huit ans, je reviens pour sauver la SAM. On ne demande pas 1 centime d’investissement à Renault et, en plus, j’ai des garanties financières », argumente M. Bellity. Il y a quelques mois, il proposait une première offre de reprise, refusée par Renault pour le même motif.

Soutien de l’Etat et de la région

Or, la deuxième mouture obtenait le soutien financier de l’Etat, actionnaire minoritaire de Renault : une aide de 1 million d’euros et un prêt de 4,7 millions d’euros. « L’Etat regrette qu’aucun projet industriel n’ait été présenté à ce stade, commente Bercy. Mais on ne prend pas directement de décision de gestion pour Renault. » La région Occitanie apportait également son appui à M. Bellity : 900 000 euros de subventions et un prêt de 2,4 millions sur six ans.

« La réponse apportée par Renault est irresponsable et destructrice : elle condamne l’usine et ses activités », se désole Carole Delga, sa présidente (Parti socialiste), qui annonce déployer des dispositifs de formation pour accompagner les salariés. « Nous poursuivrons le travail mené pour que des projets industriels d’avenir voient le jour sur le territoire. La région ne vous laissera pas tomber ! », promet-elle.

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Ni le tour de table de 9 millions d’euros ni la mobilisation sans relâche des salariés pour sauver leur usine n’ont infléchi la décision de Renault. Aussi, faute de repreneur, le tribunal de commerce de Toulouse fixera, vendredi 26 novembre, une nouvelle date d’audience pour prolonger la poursuite de l’activité de la SAM pour une durée maximale de trois mois… ou prononcer sa liquidation. « On va réagir, promet Sandrine. On va faire ce qu’il faut. On n’a plus rien à perdre, on ira jusqu’au bout. »

Audrey Sommazi(Toulouse, correspondance) et Eric Béziat

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