NPA Loiret

Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

France : Des documents montrent que la France a aidé à mener des attaques aériennes meurtrières en Égypte !

Selon une enquête journalistique, des documents classifiés montrent qu’une opération secrète des services de renseignements militaires français pourrait avoir aidé l’armée de l’air égyptienne à cibler des civils sous couvert de lutte contre le terrorisme. Les documents semblent révéler comment le gouvernement français était au courant de l’opération menée le long de la frontière ouest de l’Égypte avec la Libye, mais n’a pas enquêté.

Le média d’investigation Disclose a révélé le 21 novembre que cette opération française en Égypte, jusqu’alors tenue secrète, a commencé en février 2016 lorsqu’une équipe de dix militaires et ex-militaires français a été envoyée dans le désert occidental de l’Égypte, équipée d’un avion léger de surveillance et de reconnaissance, avec pour mission de détecter les activités terroristes en provenance de la Libye.

La mission aurait fait suite à une demande de l’Egypte en 2015 pour une assistance en matière de renseignement aérien le long de la frontière libyenne. Le ministre français de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, avait alors accepté de mettre en place une « coopération opérationnelle et immédiate » avec l’Égypte dans le cadre de la lutte antiterroriste globale.

Selon l’enquête de Disclose, la mission de renseignement sur des activités terroristes s’est rapidement transformée en une mission qui a effectivement aidé le gouvernement égyptien à procéder à des exécutions extrajudiciaires dans la région contre de supposés trafiquants. L’équipe militaire française aurait fourni des données de surveillance à l’armée de l’air égyptienne, qui pourrait avoir conduit à au moins 19 frappes aériennes ayant fait des victimes entre 2016 et 2018.

Les notes transmises à l’Élysée semblent détailler les inquiétudes quant à l’impossibilité d’identifier correctement les véhicules présents dans la zone : « Par manque de moyens de surveillance, l’identification des pick-up ne peut être effectués sans autre élément d’appréciation que le survol initial dont ils ont fait l’objet. Aussi l’identification de certains véhicules et les frappes d’interdiction qui en découlent pourraient être soumises à caution ». Selon les documents produits par Disclose, la ministre française des Armées, Florence Parly, a été informée par une note du renseignement militaire que « des cas avérés de destruction d’objectifs détectés par l’aéronef sont établis. »

Le 22 novembre, une enquête « sur les informations diffusées par Disclose » a été annoncée par la ministre français des Armées. Cependant, il n’a pas été précisé si l’enquête porterait sur l’origine des fuites ou sur les allégations qu’elles contiennent.

La France a déjà contribué au bilan désastreux de l’Egypte en matière de droits humains. Cette dernière figure parmi les principaux clients de la France en matière d’armement et la France continue de signer d’importants contrats d’armement avec le gouvernement de Fattah al- Sissi – toujours sous prétexte de sécurité et de lutte contre le terrorisme – malgré les preuves que certaines armes françaises ont été utilisées pour réprimer violemment des manifestations et commettre d’autres violations des droits humains.

La France devrait immédiatement enquêter sur les allégations de Disclose concernant la mission de renseignement dans le désert occidental égyptien et suspendre toute vente d’armement au gouvernement égyptien.

Bénédicte Jeannerod

Directrice France

Selon le média Disclose, l’Égypte détourne des renseignements antiterroristes fournis par la France

RFI Chasseur F-16 égyptien (image d'illustration). Les informations fournies par les Français aux forces égyptiennes permettent des frappes sur des véhicules, et cela sans vérification de la menace.

© AFP PHOTO / HO / EGYPTIAN MINISTRY OF DEFENCEAFP PHOTO Chasseur F-16 égyptien (image d’illustration). Les informations fournies par les Français aux forces égyptiennes permettent des frappes sur des véhicules, et cela sans vérification de la menace.

La France fournit des renseignements militaires à l’Égypte au nom de la lutte antiterroriste, mais Le Caire les a utilisés pour traquer et tuer des trafiquants présumés. Révélations embarrassantes du média d’investigation Disclose, d’autant que ce site d’information publie des documents tout à fait explicites de la Direction du renseignement militaire français (DRM).

Dans ces documents obtenus par Disclose, on découvre l’existence de la mission Sirli, qui a débuté en 2016. Dans cette mission française de renseignement en appui à l’Égypte, un avion léger de l’armée française surveille la frontière ouest du pays. Il s’agit de lutter contre d’éventuelles infiltrations de jihadistes en provenance de la Libye voisine.

Mais rapidement, les renseignements militaires français découvrent que les informations qu’ils transmettent aux forces égyptiennes permettent des frappes sur des véhicules, et cela sans vérification de la menace. Au moins 19 bombardements égyptiens de ce type ont eu lieu. Ils auraient principalement visé des pick-up servant à la contrebande frontalière, causant la mort d’un nombre indéterminé de civils.

L’échelon politique alerté

Les documents de la DRM publiés par Disclose montrent que les militaires français ont alerté l’échelon politique sur ce détournement d’une aide militaire : l’Élysée, par une note fin 2017 et, en 2019, le ministère des Armées est averti de « cas avérés de destructions d’objectifs détectés par l’aéronef français » dans une note qui demande de rappeler au partenaire égyptien que l’appareil n’est pas un outil de ciblage. Selon Disclose, dix militaires français sont toujours déployés en Égypte dans le cadre de cette mission.

Vidéo: Opération Sirli en Egypte : « Disclose » révèle les dérives d’une opération de la France (France 24)PauseCurrent Time 0:23/Duration 2:27Loaded: 48.76%Son0HQSubtitlesPlein écranOpération Sirli en Egypte : « Disclose » révèle les dérives d’une opération de la FranceCliquez ici pour agrandir

 À lire aussi : Cybersurveillance en Libye et en Égypte: des dirigeants d’entreprises françaises mis en examen

« C’est très inquiétant, alerte Leslie Piquemal de l’Institut du Caire pour les études sur les droits humains. Si ces révélations sont confirmées par une enquête indépendante ou par les tribunaux, il s’agit de la part de la France de risquer sciemment de se rendre directement complice sur le terrain de violations graves et répétées des droits humains commises par les forces égyptiennes depuis plusieurs années. Donc ce serait particulièrement grave. Il est aussi important de rappeler que ce soutien français à l’Égypte continue à encourager les autorités égyptiennes dans des politiques qui ne sont pas efficaces dans la lutte anti-terroriste. » 

Des bonnes relations au détriment des droits humains

Ces révélations interviennent alors que la France et l’Égypte entretiennent des liens étroits sur les plans stratégiques, militaires et économiques. Trente avions Rafale ont été achetés par l’Égypte cette année en plus des 24 acquis par le Caire en 2015. Le pays est l’un des principaux clients de l’industrie militaire française, avec 6,6 milliards d’euros sur la période 2011-2021, selon le rapport remis par le ministère des Armées au Parlement.

Mais le partenariat entre les deux pays va au-delà du carnet de chèques. Paris considère l’Égypte d’Abdel Fattah al-Sissi comme un pilier de stabilité régionale, qu’il s’agisse de lutte contre le terrorisme, du dossier libyen et plus généralement de la Méditerranée orientale, là où les gisements gaziers alimentent les tensions politiques.

Le Caire est régulièrement critiqué pour la répression qui frappe opposants et militants des droits humains. La France de son côté est non seulement interpellée pour ses silences, mais aussi pour son refus de conditionner la coopération avec l’Égypte au respect des droits humains.

En 2020, Abdel Fattah al-Sissi a été reçu à Paris avec tout le faste des visites d’État. Emmanuel Macron a alors évoqué en sa présence le sort de l’opposant Rami Shaath emprisonné en Égypte. Un an après, ce dernier est toujours derrière les barreaux. Le président égyptien, lui, est rentré au Caire décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 25 novembre 2021 par dans anticapitalisme, COLONIALISME, COMPLICITE, EGYPTE, ETAT POLICIER, FRANCE.
%d blogueurs aiment cette page :