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INDE : Les mobilisations paysannes font reculer Modi qui annonce l’abrogation de trois lois favorables à l’industrie agro-alimentaire !

WSWS Saman Gunadasa

Le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé vendredi dernier que son gouvernement d’extrême droite, le Bharatiya Janata Party (BJP), allait abroger les trois lois proagricoles qu’il a fait adopter à toute vapeur par le Parlement en septembre 2020.

L’annonce de Modi est intervenue exactement une semaine avant que les agriculteurs et leurs partisans n’organisent des événements à travers l’Inde. Ces événements prévoient de marquer le premier anniversaire du lancement, le 26 novembre 2020, d’une agitation de masse contre les lois agricoles de Modi. L’agitation avait atteint son apogée l’hiver dernier. Des centaines de milliers d’agriculteurs ont campé à la périphérie de la capitale nationale, Delhi. Ils ont galvanisé l’opposition au gouvernement et ont mis le gouvernement et l’État sur la défensive à plusieurs reprises.

Le Premier ministre indien Narendra Modi s’adresse à un rassemblement avant les élections parlementaires dans l’État du Bihar à Patna, en Inde, le mercredi 28 octobre 2020. (AP Photo/Aftab Alam Siddiqui)

Jusqu’à présent, Modi avait juré que son gouvernement n’abrogerait jamais ces trois lois, qui mettent en œuvre des mesures réclamées depuis longtemps par les grandes entreprises. Elles ouvrent grand la porte à l’agro-business en autorisant la thésaurisation des produits, en diminuant le rôle des marchés publics (mandis) et en accordant aux entreprises une large immunité juridique dans leurs opérations d’agriculture contractuelle.

Dans une allocution télévisée nationale vendredi, le Premier ministre indien et autocrate en puissance a déclaré qu’il présentait ses «excuses» à la «nation» pour l’échec de la «réforme» de la loi agricole du BJP. Conservant la prétention frauduleuse du gouvernement selon laquelle les opposants aux lois pro-agro-industrie ne constituent qu’une minorité d’agriculteurs, principalement dans le nord de l’Inde. Modi a déclaré: «Nous regrettons de ne pas avoir pu convaincre tous les agriculteurs. Seule une partie d’entre eux s’opposait aux lois, mais nous avons continué à essayer de les éduquer et de les informer».

En fait, le gouvernement BJP a calomnié les agriculteurs protestataires, affirmant qu’ils se sont fait manipuler. Le BJP a accusé les Khalistanis (partisans d’un État sikh séparé), les maoïstes et les partis d’opposition «antinationaux» de manipulation et a déployé à plusieurs reprises la violence d’État contre eux. Dans le but de supprimer le mouvement de protestation avant qu’il ne commence, le gouvernement central du BJP et les gouvernements des États de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh ont mobilisé des dizaines de milliers de forces de sécurité. Ils ont imposé des restrictions draconiennes aux rassemblements publics et ont arrêté des centaines de personnes les 26 et 27 novembre derniers. Le mois dernier encore, le fils de l’un des ministres de Modi s’est fait inculper de meurtre. C’était pour son rôle dans une attaque contre des agriculteurs protestataires à Lakhimpur Kheri, dans l’Uttar Pradesh, qui a fait neuf morts.

Les agriculteurs protestataires ont salué l’annonce de l’abrogation par Modi, mais affirment qu’ils poursuivront leur agitation jusqu’à ce que les trois lois se trouvent officiellement abrogées. Le Samyukt Kisan Morcha (SKM-Front unique des agriculteurs), qui regroupe les organisations d’agriculteurs opposées aux lois pro-agro-industrie du BJP, a déclaré qu’il procéderait comme prévu à des manifestations de protestation ce vendredi et à une marche sur le Parlement le 29 novembre, qui coïncidera avec le début de sa «session d’hiver».

Le SKM demande également au gouvernement d’inscrire dans la loi la «garantie» qu’il a donnée lors des pourparlers de l’hiver dernier de ne jamais abolir le prix de soutien minimum. Aussi, ils demandent au gouvernement d’abandonner les accusations criminelles montées de toutes pièces par la police contre les dirigeants agricoles, à l’instigation du gouvernement.

L’annonce de l’abrogation représente un recul significatif de la part du gouvernement BJP, qui a présenté les lois agricoles comme la preuve de son engagement à accélérer et à intensifier les réformes «pro-investisseurs».

Cependant, ce recul est manifestement de nature tactique, afin de mieux préparer et faire avancer une offensive qui vise à intensifier l’exploitation des travailleurs et des ouvriers indiens et à réaliser les ambitions de grande puissance de la bourgeoisie. Elle veut intégrer New Delhi toujours plus complètement dans l’offensive militaro-stratégique de l’impérialisme américain contre la Chine.

Dans l’état actuel des choses, le gouvernement est en train de faire passer une vaste gamme de changements régressifs. Il s’agit notamment de la mise en œuvre d’une «réforme» du droit du travail. Cette réforme rendrait illégales la plupart des actions des travailleurs. Elle développerait davantage les emplois contractuels précaires. Elle sanctionnera la vente au rabais de dizaines d’entreprises publiques. Elle déploierait un «programme national de monétisation» dans le cadre duquel des entreprises privées se verront confier le contrôle d’une grande partie des infrastructures. Il s’agit des postes, des chemins de fer, des autoroutes et de la production d’énergie du pays. En échange ces entreprises privées verseraient au gouvernement central une redevance annuelle ou un dividende.

La soudaine volte-face du gouvernement sur les lois agricoles témoigne de la mesure dans laquelle il s’est fait gravement affaibli par sa mauvaise gestion criminelle de la pandémie de COVID-19. Des centaines de millions de personnes ont perdu tout revenu du jour au lendemain à cause d’un court confinement mal préparé en mars-avril 2020. Elles se sont trouvées effectivement livrées à elles-mêmes. Le gouvernement Modi a systématiquement saboté toutes les mesures anti-COVID-19 afin de garantir les profits des entreprises.

En avril dernier, alors que l’Inde se trouvait submergée par un tsunami d’infections et de décès massifs et que le système de santé délabré du pays s’effondrait, Modi a juré de «sauver» l’Inde du «confinement», et non du virus mortel. Pour couronner ce désastre meurtrier, les autorités mentent effrontément sur le nombre de morts, affirmant que 466.000 personnes sont mortes de la COVID-19, alors qu’une série d’études scientifiques ont montré que la pandémie a tué au moins 3 et plus probablement 5 millions d’Indiens.

La plus grande crainte du gouvernement et de la classe dirigeante indienne est que la colère des masses à l’égard de leur politique des «profits au-dessus des vies» face à la pandémie ne se croise avec l’opposition sociale croissante à l’austérité capitaliste, aux inégalités sociales déchaînées et à la poursuite des «réformes» en faveur des investisseurs.

Avant même le début de la pandémie, le gouvernement BJP avait été ébranlé par les manifestations de masse contre la loi modificative du gouvernement sur la citoyenneté antimusulmane qui ont éclaté dans toute l’Inde. Elles ont uni les travailleurs au-delà des castes et des communautés. Ces derniers mois ont été marqués par une vague de luttes de la classe ouvrière contre les attaques des employeurs contre les emplois et les salaires.

Aussi, les ouvriers protestent contre les conditions dangereuses dans le contexte de la pandémie. Depuis plus de trois semaines, quelque 95.000 travailleurs de la Maharashtra State Road Transport Corporation (MSRTC) sont en grève. Cela, malgré les menaces de représailles sauvages qu’ils subissent pour s’être engagés dans des actions «illégales». En mai, les ouvriers de l’automobile des usines de Hyundai, Ford et Renault-Nissan dans le Tamil Nadu se sont rebellés contre l’absence de mesures de sécurité contre le coronavirus. Ainsi, ils ont obligé les usines à fermer temporairement.

Des millions de travailleurs du secteur public, employés dans de nombreuses industries allant des banques et des assurances aux usines sidérurgiques et au mines de charbon, protestent contre la campagne de privatisation du gouvernement.

Le BJP avait espéré que l’agitation des agriculteurs se calmerait s’il faisait traîner les négociations. Il a insisté sur le fait qu’il n’accepterait que des modifications limitées, essentiellement cosmétiques, de ses lois de «réforme» agricole. Mais les agriculteurs se sont trouvés portés par le soutien généralisé des travailleurs qui ont chaleureusement accueilli leur attitude de défi à l’égard de Modi et de son parti suprématiste hindou, le BJP. Les travailleurs ont sympathisé avec leur lutte contre les grandes entreprises et les agriculteurs ont persévéré malgré les nombreuses difficultés et les provocations de la police et du BJP. Au moins 750 agriculteurs, pour la plupart des petits agriculteurs et des agriculteurs marginaux, sont morts pendant les manifestations en raison des températures extrêmes, des crises cardiaques, de la COVID-19, d’accidents et de violence de la part de la police et des nervis.

Le gouvernement a fait à plusieurs reprises des préparatifs politiques et déployé des forces de sécurité en prévision d’une attaque violente de l’État contre les agriculteurs protestataires. Mais en fin de compte, Modi et son principal homme de main, le ministre de l’Intérieur Amit Shah, ont conclu que c’était trop dangereux. La répression généralisée et les morts qu’elle aurait inévitablement entraînées risquaient de déclencher une opposition de masse dans toute l’Inde et, surtout l’intervention directe de la classe ouvrière.

La Cour suprême de l’Inde a donné son imprimatur juridique à de nombreux attaques antidémocratiques commises par le gouvernement BJP et la droite hindoue, du coup d’État constitutionnel de 2019 contre le Cachemire jusqu’à la construction d’un temple hindou sur le site de la Babri Masjid détruite. Mais, reflétant les craintes des cercles dirigeants, le tribunal a conseillé à plusieurs reprises au gouvernement d’éviter un affrontement direct avec les agriculteurs.

La décision du gouvernement d’abroger les lois a sans aucun doute été influencé par les prochaines élections à l’assemblée de l’Uttar Pradesh, l’État le plus peuplé du pays, dirigé par le BJP, et du Pendjab, où le Parti du Congrès, en difficulté, cherche à conserver l’un des derniers États où il détient le pouvoir, ou une partie du pouvoir. Avec l’Haryana, l’Uttar Pradesh et le Punjab étaient les États les plus touchés par les protestations des agriculteurs.

La réaction des médias bourgeois à l’annonce de l’abrogation par le gouvernement a été mitigée, ceux qui l’ont approuvée l’ont fait en considérant qu’il ne s’agissait que d’un recul temporaire. Le Hindu, basé à Chennai, a insisté sur le fait que le retrait imminent des lois «n’invalide pas le besoin urgent de réformes dans le secteur agricole. Celles-ci devront être poursuivies d’une manière adaptée à un système politique démocratique fédéral comme celui de l’Inde».

Le Times of India a averti à plusieurs reprises que si le BJP reculait face à l’agitation des agriculteurs, cela encouragerait une opposition plus large au programme pro-grandes entreprises du gouvernement. Il a qualifié l’annonce de l’abrogation de Modi de «message terrible pour les réformes libérales dans un pays qui a besoin de réformes libérales à la pelle». Il a demandé que le «processus de réforme agricole» soit rapidement «renouvelé», ajoutant que «l’avenir de l’Inde en tant que puissance économique moderne» est en jeu.

Comme on pouvait s’y attendre, les syndicats et les partis staliniens — le Parti communiste indien (marxiste) ou CPM et son allié plus petit et plus ancien, le Parti communiste indien (CPI) — ont rapidement saisi l’annonce de l’abrogation par Modi pour tenter de légitimer leur politique de droite. C’est à dire leur suppression systématique de la lutte des classes et la subordination de la classe ouvrière au Parti du Congrès, le parti traditionnel de gouvernement préféré de la bourgeoisie indienne, et à une foule de partis d’extrême droite basés sur les castes ou ethno-régionalistes. Le secrétaire général du CPM, Sitaram Yechury, a qualifié l’abrogation des lois agricoles par le gouvernement Modi de «victoire historique pour les agriculteurs» et a appelé Modi à «s’excuser pour les difficultés et les ennuis» qu’il leur a causés.

La réalité est que les staliniens, tout en affichant leur soutien aux agriculteurs, ont tout fait pour maintenir la classe ouvrière en dehors. Par-dessus tout, ils l’ont empêché d’intervenir en tant que force indépendante dans la crise déclenchée par l’agitation des agriculteurs. Ils ont tout fait pour éviter de mobiliser la classe ouvrière avec les masses rurales derrière elle, en particulier, les petits agriculteurs marginaux et les travailleurs agricoles, dans une lutte commune contre Modi et l’ensemble de l’establishment capitaliste, avec la perspective d’établir un gouvernement ouvrier basé sur un programme socialiste et internationaliste.

Ainsi, alors que la «réforme» agricole du BJP était au point mort, le gouvernement Modi a pu faire avancer une myriade de mesures contre la classe ouvrière, tout en alimentant sans relâche le communalisme.

Le grand danger est qu’en détournant la classe ouvrière vers la protestation et la politique parlementaire et en l’associant à la campagne menée par le Congrès pour remplacer Modi en 2024 par un autre régime capitaliste de droite, les syndicats et les partis staliniens permettent au BJP suprématiste hindou — et, surtout, à ses maîtres bourgeois indiens — de se regrouper et de reprendre l’offensive.

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Cette entrée a été publiée le 24 novembre 2021 par dans ANTIDEMOCRATIQUE, CRISE ECONOMIQUE, CRISE POLITIQUE, CRISE SOCIALE, DICTATURE, INDE, Paysans.
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