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FRANCE RETRAITES : L’intolérable appauvrissement régulier  : MANIFESTATION A PARIS LE 02 DECEMBRE A L’APPEL DE 9 ORGANISATIONS !

Henri Wilno

1,1 % : c’est le taux de la revalorisation que connaîtra la retraite de base en 2022. Ceci alors que, selon l’INSEE, les prix à la consommation ont augmenté de 2,6 % sur un an (octobre 2021 par rapport à octobre 2020). Les pensions complémentaires des 13 millions d’anciens salariéEs du privé n’ont été revalorisées que de 1 % au 1er novembre. Une décision prise par les syndicats et le patronat qui gèrent la caisse de retraite Agirc-Arrco.

« Depuis 2014, les retraitéEs ont perdu entre 10 et 12% de pouvoir d’achat, soit un mois de pension par an »

MANIFESTATION A L’APPEL DE 9 ORGANISATIONS LE 02 DECEMBRE A PARIS

Certes, Emmanuel Macron a estimé que « les conditions ne sont pas réunies » pour relancer le chantier de la réforme des retraites, qu’il a repoussé à 2022 : « Dès 2022, il faudra pour préserver les pensions de nos retraités et la solidarité entre nos générations, prendre des décisions claires ». Mais en fait, depuis des années, des millions de retraitéEs, femmes et hommes perdent du pouvoir d’achat en France.

Le niveau de vie des retraitéEs recule

En théorie, est prévue une indexation des pensions du régime général, sur les prix à la consommation. Les retraites complémentaires Agirc-Arrco ont adopté un dispositif similaire. Mais, en réalité, le pouvoir d’achat des retraitéEs baisse systématiquement chaque année depuis maintenant sept ans. Le gouvernement de Manuel Valls avait commencé en 2014, suivi par les co-gestionnaires de l’Agirc-Arrco. Depuis, les hausses ont été plus rares que les gels. Dans son programme électoral de 2017, Emmanuel Macron avait pourtant promis que « nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite ni au niveau des pensions ». Mais, dès l’été 2018, le gouvernement Philippe annonçait le gel pour les deux années suivantes.

Résultat : d’après les calculs des Échos, dans la décennie qui a précédé l’épidémie de covid, le pouvoir d’achat lié aux pensions a perdu près de 0,5 % par an. De gels en sous-indexations, le niveau de vie recule.

Des millions de retraitéEs dans la misère

Pour ce qui est de la fonction publique, quand le point d’indice des fonctionnaires d’État est gelé, leurs salaires augmentent tout de même un peu à l’ancienneté. C’est le GVT, le « glissement vieillesse technicité ». Quand le point d’indice des retraitéEs est gelé, il n’y a rien pour compenser.

Les manifestations régulièrement organisées, comme début octobre, par les organisations syndicales de retraitéEs sont méprisées par les gouvernements successifs.

Certes, les retraites avaient progressé pendant les décennies 1970 et 1980. Mais depuis 1993 (réforme Balladur), la stagnation puis les reculs ont commencé. S’y est ajoutée la hausse de la CSG en janvier 2018, décidée par Macron, sur laquelle il n’est que partiellement revenu après les Gilets jaunes. Aujourd’hui, le niveau de vie des retraitéEs, comme le montrent les données du COR (Conseil d’orientation des retraites) comparé à celui de l’ensemble de la population diminue. Et, de plus, les chiffres moyens cachent des millions de personnes dans la misère.

Préparer les esprits à une refondation inégalitaire

Le Conseil d’orientation des retraites prévoit que le taux de remplacement à la retraite d’un non-cadre du secteur privé devrait chuter de 74 % du dernier salaire aujourd’hui aux alentours de 63 à 65 % pour la génération née en 1990.

Cette évolution est cautionnée par celles des organisations syndicales qui participent au fonctionnement des régimes de retraites notamment complémentaires. Elle est le prélude à l’offensive globale que prétend mener Macron. L’espérance de vie s’allonge (du moins l’espérance de vie totale, pour l’espérance en bonne santé, c’est moins le cas), c’est positif même si c’est très inégalitaire selon les métiers antérieurement occupés.

La stratégie de Macron, dans la continuité des gouvernements précédents, consiste à déconsidérer et saper le système de répartition pour le remettre en cause en lui refusant les moyens de son financement, en particulier par une hausse des cotisations patronales.

Neuf organisations de retraité.es appellent à une manifestation nationale le 2 décembre prochain. À cette occasion, Denis, retraité, syndiqué à la CGT, a bien voulu répondre à nos questions.

Quelles sont les revendications portées par cette mobilisation et quelles sont les organisations qui ont pris cette initiative ?

Quatre axes revendicatifs structurent la plate forme revendicative commune : l’augmentation immédiate des pensions de base et complémentaire et l’indexation sur l’évolution des salaires ; la défense de notre système de santé, de retraite, portée par une Sécurité sociale financée par les cotisations sociales et basée sur la solidarité intergénérationnelle ; la défense et le développement des services publics de proximité sous contrôle et maîtrise publique ; la défense de nos libertés individuelles et collectives.

Le tract commun aux neuf organisations (CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR, LSR, « Ensemble et solidaires ») précise ces revendications : pour le pouvoir d’achat, l’exigence est d’obtenir 100 euros de revalorisation immédiate comme mesure d’attente mais aussi de regagner l’indexation des pensions de base et complémentaires sur l’évolution des salaires. Concernant « le grand âge », nous revendiquons un service public de la prise en charge de l’autonomie, géré par l’assurance-maladie, avec 200 000 embauches dans les EHPAD et 100 000 dans le secteur de l’aide à domicile pour garantir des soins de qualité.

Comment décrirais-tu la situation des retraitéEs ?

La photo de la situation nationale affiche une pension moyenne d‘un montant de 1503 euros brut (fin 2019) qui cache une grande diversité de revenus. Mais si l’on regarde le film en train de se projeter, le mot qui résume l’évolution engagée depuis plusieurs années est bien « paupérisation ». Celle-ci est la conséquence à la fois du quasi blocage des revalorisations de pensions et/ou de leur extrême minceur depuis des années, de la désindexation de l’évolution des pensions par rapport aux salaires, de la sous-revalorisation des retraites complémentaires, lesquelles se trouvent de surcroit amputées durant trois ans d’un abattement de 10% si les salariéEs ont décidé de prendre leur retraite à 62 ans au lieu de 63 comme veut les y obliger. l’accord Agirc-Arrco signé par la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC en 2015.    

La pension de base n’a augmenté que de 0,4% ! Cette perte de pouvoir d’achat s’ajoute à celle des années précédentes avec le gel des pensions et même leur baisse de 1,7% en 2018 (hausse de la CSG). Depuis 2014, les retraitéEs ont perdu entre 10 et 12% de pouvoir d’achat, soit un mois de pension par an ! Ces pertes de pouvoir d’achat se creusent d’autant plus face à la hausse actuelle et démentielle des prix de l’énergie (essence, gaz et électricité).

En outre, de par leurs conditions de vie – leurs âges, leurs lieux d’habitation, notamment s’ils résident en milieu rural – les retraités sont davantage pénalisés par les fermetures des structures de proximité des services publics (bureaux de Poste transformés en agences postales communales, fermetures de trésoreries…), par l’obligation d’utiliser sa voiture (lorsqu’on dispose de ce véhicule), par les réductions d’amplitude horaire des accueils, les dégradations des moyens de l’hôpital public, la désertification médicale. 

Que prévoit ce projet de contre-réforme des retraites porté par le gouvernement ?

Si nous parlons du projet de retraite à points Macron/Delevoye, force est de constater qu’il a pris du plomb dans l’aile. Fortement contesté dans la rue et par la grève lors de l’hiver 2019-2020, il s’est retrouvé bloqué, lui aussi par le confinement. Le gouvernement a été incapable de le relancer tant l’évidence de sa logique absurde se remarquait davantage que d’habitude : comment prétendre obliger à travailler plus longtemps, jusqu’à 64, 65, 67 ans, quand le nombre de personnes au chômage augmente ?!

De fait, le devenir du système de retraite solidaire, porté par la Sécurité sociale et garantissant des prestations définies, devient un des enjeux clés des élections présidentielle et législative 2022. Mais pour les retraitéEs, appelés à se mobiliser le 2 décembre, il n’est pas question d’attendre ces échéances sans rien faire, ni de s’en remettre à un « sauveur suprême » qui sortirait des urnes !    

Quelles sont tes réactions devant l’argument que les retraités sont plus favorisés que les actifs ?

L’indignation et la colère ! Une odieuse et révoltante campagne de culpabilisation s’est intensifiée au cours de la période de confinement autour de deux idées, tout aussi fausses et scandaleuses l’une que l’autre : « Il est anormal de sacrifier la jeunesse pour préserver les retraités ! » ; « Les retraités actuels ont été les privilégiés d’un âge d’or aujourd’hui révolu, alors ils doivent accepter de voir baisser leurs niveaux de vie pour aider les autres ». Oubliant que les retraitéEs ont été les plus nombreux à mourir du covid, ce genre de couplet infâme est entonné par plusieurs « chiens de garde » de la bourgeoisie, comme par exemple Christophe Barbier, un de ces éditocrates, grassement payés qui squattent en permanence les ondes radios et télés pour vomir ses mensonges. Plus globalement, cela s’inscrit dans la stratégie de la bourgeoisie de diviser le monde du travail afin d’arriver à détruire la Sécurité sociale, son salaire socialisé qui s’oppose frontalement à l’augmentation du taux de profit. Et cela s’accompagne d’une campagne idéologique pour faire accepter la transformation de la retraite en revenu d’assistance.

À la lumière des mobilisations précédentes, est-ce que cette nouvelle mobilisation peut faire avancer les revendications ?

Oui, bien entendu, il nous faut gagner en visibilité afin de faire entendre le langage de la vérité. La nécessité de parler ouvertement du montant des pensions et des retraites se fait de plus en plus pressante. Face à l’offensive agressive du gouvernement sur le prétendu bien-être des retraitéEs, la déculpabilisation ne peut se faire que par la mise en lumière de la réalité que vivent les retraités, aujourd’hui. C’est pourquoi, à côté de ce rassemblement national, la CGT se lance dans une consultation nationale autour des questions : « De quoi ai-je besoin ? Que me faut-il pour vivre ? ».

Quel que soit son montant, la retraite ou la pension n’est que le résultat des années de cotisations versées aux différentes caisses durant les années de travail. Pour la CGT, il est indispensable que le niveau de vie soit maintenu à la retraite. Il ne peut être question de le voir baisser, au prétexte que l’on aurait moins de besoins. Il n’est pas non plus question d’opposer les « petites retraites » aux retraites que l’on pourrait qualifier de satisfaisantes, ni même invectiver ceux qui toucheraient plus que les salariés actifs de la même profession. Le problème n’est pas le niveau des retraites ou des pensions, mais bien le niveau des salaires actuels. C’est ce qui fonde notre convergence solidaire avec les luttes revendicatives des salariéEs.

Propos recueillis par L. G.

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