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CRIMES DE GUERRE : Guernica, Lidice, My Lai… et maintenant Talon Anvil

Patrick Martin

Dimanche12 décembre, le New York Times a publié un article détaillé relatant le meurtre de masse systématique, depuis des années, de civils par les États-Unis en Irak et en Syrie, perpétré par un escadron de la mort appelé Talon Anvil.

Drone américain MQ-9 Reaper (Crédit image: U.S. Air Force/Paul Ridgeway public domain)

Cette unité a dirigé des frappes aériennes et des missiles tirés par des drones sur des foules et des immeubles d’habitation, «tuant des personnes qui n’avaient aucun rôle dans le conflit: des agriculteurs qui essaient de récolter, des enfants dans la rue, des familles qui fuient les combats et des villageois s’abritant dans des bâtiments».

Trois incidents en particulier sont relatés par le Times à titre d’exemple:

  • Trois hommes «tous munis de sacs de toile, travaillent dans une oliveraie près de la ville de Manbij [Syrie] à l’automne 2016. Les hommes n’avaient pas d’armes et n’étaient pas à proximité de combats, mais la cellule d’attaque a insisté pour dire qu’ils devaient être des combattants ennemis et les a tués avec un missile».
  • Début mars 2017, «Talon Anvil a envoyé un drone Predator au-dessus d’un bourg agricole syrien appelé Karama», et l’opérateur affirma que tous les civils avaient fui, et que toute personne restante était une cible légitime. Le Predator a largué une bombe de 500 livres (227 kilos) sur une maison, et lorsque la fumée s’est dissipée, «les caméras infrarouges ont montré des femmes et des enfants qui titubaient hors du bâtiment partiellement effondré, certains à qui il manquait des membres, d’autres traînant les morts». Au moins 23 personnes furent tuées, et des dizaines d’autres blessées.
  • En juin 2017, des forces soutenue par les États-Unis ont attaqué Raqqa, la plus grande ville syrienne tenue par Daech. Des civils ont cherché à fuir les combats et «sont montés à bord de ferries de fortune pour traverser l’Euphrate.» La cellule a ordonné des frappes qui ont touché plusieurs de ces bateaux, «tuant au moins 30 civils, dont les corps dérivaient dans l’eau verte».

Les analystes qui ont regardé les images des frappes de drones et de missiles ont commencé à contester les affirmations de Talon Anvil, comme celle qualifiant de «combattants de Daech» des corps qui étaient clairement ceux d’enfants. En réaction, comme les flics américains qui éteignent leurs caméras corporelles avant de tirer sur quelqu’un ou de le frapper, les opérateurs de Talon Anvil «ont commencé à détourner de leurs cibles les caméras des drones peu avant une frappe, empêchant ainsi la collecte de preuves vidéo», a déclaré un ancien officier au Times.

Talon Anvil a également qualifié d’«autodéfense » de plus en plus de frappes, ce qui ne nécessitait pas de justification fondée sur le renseignement, contrairement aux opérations offensives, qui en nécessitaient une.

Talon Anvil était le nom d’une unité de la Delta Force au sein de la «Force opérationnelle 9» qui a coordonné les opérations militaires américaines contre les forces de l’État islamique (Daech) en Irak et en Syrie, de 2014 à 2019. Le Times avait dévoilé les actions de la «Force opérationnelle 9» dans un précédent reportage en première page, le mois dernier. Celui-ci comprenait les détails d’une frappe aérienne sur la ville de Baghuz au cours de laquelle au moins 80 femmes et enfants ont été incinérés par des bombes de 500 et de 2.000 livres (907 kilos).

Ce récit fournit tellement de preuves du massacre délibéré de civils qu’il mérite d’être comparé à certains des crimes de guerre les plus notoires du XXe siècle.

  • Guernica — Le 26 avril 1937, des bombardiers italiens et allemands ont dévasté cette ville basque à la demande de Francisco Franco, chef du soulèvement fasciste contre la République espagnole. Les bombes ont plu pendant près de quatre heures, tuant 1.654 hommes, femmes et enfants. C’était le premier test de la nouvelle tactique de la Luftwaffe, le bombardement terroriste par saturation. Peu après, les deux camps de la Seconde Guerre mondiale ont adopté systématiquement cette tactique. Ce meurtre de masse délibéré a choqué le monde entier et a été immortalisé dans le célèbre tableau de Picasso.
  • Lidice — Ce village tchèque a été détruit par les nazis le 10 juin 1942, en représailles à l’assassinat de Reinhard Heydrich, le protecteur du Reich pour la Bohème et la Moravie, par des partisans tchèques. Sur les ordres de Hitler et Heinrich Himmler, les forces allemandes ont encerclé le village, tué tous les habitants de sexe masculin âgés de 15 ans et plus et déporté toutes les femmes et tous les enfants dans des camps de concentration. Au total, 173 hommes et garçons ont été fusillés. Certaines femmes ont survécu à des années de travail forcé, mais 82 enfants ont été gazés en quelques semaines au camp d’extermination de Chelmno. Tous les bâtiments furent rasés, il ne resta du village que de la terre arable.
  • My Lai — C’est la désignation militaire américaine du village de Song My, le site du massacre américain le plus infâme de la guerre du Vietnam. Une force commandée par le lieutenant William Calley a encerclé le village le 16 mars 1968 et commencé à tuer systématiquement plus de 500 hommes, femmes et enfants. Certaines femmes ont été victimes de viols collectifs, puis furent tuées à coups de baïonnette. La révélation de cette atrocité en novembre 1969 a provoqué l’indignation du monde entier et a révélé qu’une puissance impérialiste «démocratique» employait des méthodes aussi monstrueuses que celles des nazis. Seul Calley a été jugé. Il a offert la même défense que les officiers d’Hitler: il ne faisait que «suivre les ordres».

Le Times prétend que ce sont des agents «voyous» ou de niveau subalterne qui ont perpétré ces meurtres, mais le fait est que la promotion systématique des escadrons de la mort des «forces spéciales» a été un aspect central des présidences d’Obama et de Trump. Les deux présidents les considéraient comme nécessaires pour atteindre les objectifs de guerre des États-Unis.

L’article du Times affirme que l’un des facteurs pour la multiplication des cadavres de civils a été la décision du commandant américain de la guerre anti-Daech de permettre aux officiers de rang inférieurs d’ordonner des frappes, sans remonter toute la chaîne de commandement. Cela atteignit un point où c’était «l’opérateur Delta le plus anciennement enrôlé présent dans la salle de frappe qui pouvait donner le feu vert. Il s’agissait généralement d’un sergent de première classe ou d’un sergent-chef» .

De tels récits sont peut-être un effort d’officiers supérieurs pour rejeter la responsabilité des massacres sur des personnes de rang inférieur ou sur des individus «véreux» dans les rangs, mais cette recherche de boucs émissaires est bien vaine. L’ensemble de l’opération fut menée au service d’une politique décidée aux plus hauts échelons du gouvernement américain. Le gouvernement Obama a répondu à la crise soudaine du régime fantoche irakien dont les troupes ont fui devant une offensive de Daech et ont abandonné Mossoul, la deuxième ville d’Irak, en envoyant d’urgence troupes, avions de guerre et agents des forces spéciales dans la région.

Il est bien connu qu’Obama participait à des réunions hebdomadaires à la Maison-Blanche où son équipe de lutte contre le terrorisme, dirigée par John Brennan — devenu ensuite directeur de la CIA — lui présentait pour approbation des listes de cibles pour des frappes de missiles par drones. Ces «mardis de terreur», comme on les appelait, ont déclenché des attaques telles que le meurtre d’Anwar al-Awlaki, Américain d’origine yéménite devenu prédicateur intégriste, qui fut tué au Yemen par un missile de drone américain.

Il convient de souligner que le lieu principal des crimes détaillés dans le récit du Times était la Syrie. Le gouvernement et les médias américains ont mené une campagne de dix ans pour diaboliser le président syrien Bachar Assad et le faire passer pour le nouvel Hitler, un effort que la pseudo-gauche internationale a soutenu, Ces organisations ont soutenu les groupes fondamentalistes islamiques soutenus par les États-Unis dans la guerre contre Assad, tout en gardant le silence sur les atrocités que ces forces et l’armée américaine ont commises contre le peuple syrien.

Quand au comble de l’hypocrisie, le Times y suffit à lui seul. Ses pages d’actualité détaillent les atrocités commises par le gouvernement américain en Syrie. Mais il y a plus de dix ans, Julian Assange et WikiLeaks ont rendu publics les journaux de guerre de l’Irak et de l’Afghanistan, des rapports internes de l’armée américaine documentant d’innombrables cas de meurtres de civils par cette armée, dont l’obsédante vidéo «Collateral Murder» qui montre un hélicoptère de combat Apache en train de massacrer une douzaine de personnes en Irak, dont deux journalistes de Reuters.

Le Times ne dit pourtant pas un mot pour défendre Assange, qui est en danger imminent d’extradition vers les États-Unis pour y être «jugé», emprisonné et possiblement exécuté par le gouvernement même responsable des crimes détaillés par le Times.

Les deux longs articles du Times fournissent des preuves irréfutables des crimes de guerre américains. Les principaux criminels de guerre américains sont bien connus: Barack Obama, Donald Trump, George W. Bush, Joseph Biden, Richard Cheney, Mike Pence, John Brennan, Donald Rumsfeld, Leon Panetta, Condoleezza Rice, pour ne citer que les responsables civils ayant la plus haute responsabilité de commandement. Un futur tribunal de Nuremberg se consacrant à démasquer les crimes de guerre commis au Moyen-Orient et en Asie centrale les mettrait tous au banc des accusés.

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Cette entrée a été publiée le 29 décembre 2021 par dans CRIMES DE GUERRE, USA.
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