NPA Loiret

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Entre 2 et 3.000 personnes pour un dernier hommage à Alain Krivine : Krivine est mort, ses combats continuent !

Ce lundi 21 mars 2022, l’enterrement de Alain Krivine avait lieu à Paris. Des militants, de proches et d’anciens camarades du fondateur de la Ligue Communiste Révolutionnaire et du NPA, s’étaient donnés rendez-vous pour un dernier hommage.

Le 12 mars dernier s’éteignait Alain Krivine. Ce lundi, ils étaient nombreux à accompagner la figure historique du trotskisme français dans ce dernier voyage, anciens militants de la Ligue, parlementaires et personnalités de gauche, proches d’Alain et bien sûr de nombreux militants, de France et d’ailleurs.

Parmi les délégations d’organisations politiques étaient présents, outre le NPA qui ouvrait la marche, les députés LFI dont Jean-Luc Mélenchon, des militants d’Ensemble, de LO, du POI, du POID.

Devant cette foule d’anciens compagnons levant le poing, le cercueil s’est élevé en direction de la chapelle du Père Lachaise, au son du Prélude de Bach. Après une intervention de son épouse Michelle, qui est revenue sur la vie du militant depuis leur rencontre à leur jeune âge, de son « frère et camarade » Hubert, de ses filles et petites filles, Olivier Besancenot a à son tour rendu hommage à Alain Krivine dans un touchant discours.

Après des prises de paroles écoutées avec beaucoup d’attention par la foule massée devant le crématorium, le cercueil a été emporté sur l’air de Bella Ciao, avant que ne soit chantée à l’unisson l’Internationale, pour saluer celui qui fut un ami, un père, un frère, un camarade, et qui emporte avec lui plus d’un demi siècle d’histoire du mouvement révolutionnaire.

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Notre camarade Alain Krivine nous a quittés aujourd’hui, à l’âge de 80 ans. Nous, camarades du NPA, nous associons à la douleur de sa famille, de ses proches, et de toutes celles et tous ceux qui se sont reconnus dans les combats qu’il a menés.

Les obsèques de notre camarade Alain Krivine, décédé samedi dernier, auront lieu le lundi 21 mars au Père-Lachaise à 15h30. Une marche sera organisée pour se rendre au cimetière, départ à 14h (lieu à confirmer). Une soirée d’hommage avec des invité·e·s internationaux aura lieu à la Mutualité (Paris 5e) le samedi 30 avril (veille du 1er Mai).

Durant plus de 65 ans, Alain a été un infatigable militant, présent dans toutes les luttes contre les ravages du système capitaliste, contre les injustices, pour l’émancipation.

Militant exclu du PCF, fondateur et dirigeant de la JCR, de la LCR puis du NPA, dirigeant de la IVe Internationale, Alain n’a jamais renié ses engagements de jeunesse. Il a été, pour des générations entières de militant·e·s, un modèle de constance, une intarissable ressource, un camarade exemplaire.

Nous nous souviendrons de son abnégation, de sa chaleur, de son humour. Jusqu’à la fin de sa vie, Alain n’aura rien lâché et n’aura pas cédé à la pression du « Ça te passera avec l’âge ».

Dans les jours qui viennent, nous communiquerons à propos des hommages qui seront organisés, et nous reviendrons plus longuement sur la vie et les combats d’Alain.

Salut, vieux, et merci pour tout. On continue le combat !

Montreuil, le 12 mars 2022

Celles et ceux qui souhaiteraient communiquer des textes de condoléances et d’hommage peuvent les envoyer à l’adresse : alaink@npa2009.org.

Alain Krivine, communiste et révolutionnaire, est mort !

Figure historique de la gauche radicale, il a traversé plus d’un demi-siècle de vie politique sans jamais dévier de la conviction que « la révolution est possible ». Il est mort à l’âge de 80 ans. 

Par Patrick Roger

Alain Krivine lors
                      d’une manifestation le 4 septembre 2010 à Paris.
Alain Krivine lors d’une manifestation le 4 septembre 2010 à Paris. JACQUES DEMARTHON / AFP

Le « président » Alain Krivine est mort samedi 12 mars, à Paris, à l’âge de 80 ans, a appris Le Monde auprès de sa famille. « Président », c’était le surnom affectueux que lui donnaient ses amis en souvenir de cette élection présidentielle de 1969 où un bidasse portant cravate – il effectuait alors son service militaire comme deuxième classe au 150e régiment d’infanterie de Verdun –, un peu raide, la tignasse et le regard sombres, se revendiquant du mouvement de Mai-68, s’était présenté au suffrage des électeurs tout en dénonçant la « duperie » des élections. « Le pouvoir n’est pas dans les urnes »,professait celui qui débutait chacune de ses interventions télévisées par : « Pour la première fois, un candidat révolutionnaire s’adresse à vous… »

Né le 10 juillet 1941 à Paris, Alain Krivine est issu d’une famille de juifs ukrainiens émigrés en France après les pogroms antisémites de la fin du XIXe siècle. Entré à 17 ans aux Jeunesses communistes, l’organisation de jeunesse du Parti communiste français (PCF), où militent également ses quatre frères, il exprime son désaccord avec la ligne politique d’un parti qui rejette l’indépendance de l’Algérie. Il rejoint une organisation clandestine, Jeune résistance, qui multiplie les actions pour inciter les jeunes soldats à refuser d’aller faire la guerre en Algérie. C’est sa première expérience du militantisme radical, qui va rapprocher de la IVInternationale trotskiste ce militant modèle, éduqué dans le creuset de la famille communiste, et va l’amener à rompre avec le stalinisme.

« Gagné à la cause »

Alain Krivine est discrètement cornaqué par des responsables trotskistes du Parti communiste internationaliste (PCI), dont Pierre Franck, ancien secrétaire personnel de Trotski, lorsqu’il devient un des dirigeants du Front universitaire antifasciste (FUA), créé en réaction au putsch d’Alger du 22 avril 1961. Le 23 mars 1962, une charge de plastic explose devant la porte de l’appartement de son père, le docteur Krivine, spécialiste en stomatologie, provoquant d’importants dégâts.

Bien qu’étant déjà « gagné à la cause » du trotskisme, il continue à militer au sein de l’opposition de gauche à l’Union des étudiants communistes (UEC). Animateur du secteur Sorbonne-lettres de l’organisation liée au PCF, il se bat pour le « droit de tendance » et la « déstalinisation » du parti. Le congrès de mars 1965 donne lieu à de violents accrochages. Orateur éloquent, à l’ironie mordante, Alain Krivine interpelle à la tribune les gardiens de la ligne. Un an plus tard, le « secteur », qui a notamment refusé de soutenir la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965, contrairement à la direction du parti, est exclu de l’UEC.

Alain Krivine et les militants de « Sorbonne-lettres » créent alors la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), qui jouera un rôle important dans les mobilisations contre la guerre au Vietnam puis pendant les événements de Mai-68. Alain Krivine, dont le frère, Jean-Michel, chirurgien, a pris part à deux commissions d’enquête médicales au Vietnam, est un des fondateurs du Comité Vietnam national au côté du mathématicien Laurent Schwartz. La JCR, si elle se réclame du trotskisme, se veut ouverte aux courants nouveaux du marxisme et notamment à ceux qui ébranlent le tiers-monde (castrisme, guévarisme…) et la jeunesse occidentale. Elle établit de nombreux contacts avec les dirigeants de mouvements révolutionnaires de pays étrangers comme Rudi Dutschke en Allemagne ou Tariq Ali en Angleterre.

Semi-clandestinité

Lorsqu’en 1968 commencent les premières secousses de ce qui allait se transformer en grève générale et ébranler le pouvoir gaulliste, Alain Krivine est secrétaire de rédaction à mi-temps chez Hachette. Il déserte rapidement son poste pour s’immerger dans le mouvement. Le service d’ordre de la JCR forme l’ossature de celui de l’UNEF lors des principales manifestations de Mai-68. Les cadres de la JCR jouent un rôle d’encadrement et d’animation, notamment lors de la « nuit des barricades », le 10 mai, ou de la tentative de jonction entre étudiants et ouvriers chez Renault, le 17 mai, violemment repoussée par les bataillons de la CGT et du PCF.

Après que le pouvoir gaulliste a repris la main, la JCR est dissoute par décret du 12 juin. Alain Krivine entre alors dans une semi-clandestinité. Il est appréhendé le 16 juillet en compagnie de sa femme, Michèle, fille de l’ancien secrétaire général adjoint du Parti socialiste unifié (PSU) Gilles Martinet. Inculpé pour « maintien et reconstitution de ligue dissoute », il est écroué pendant cinq semaines à la prison de la Santé avant d’être remis en liberté provisoire sur les instances du nouveau ministre de l’éducation nationale, Edgar Faure, qui essaie de se ménager une rentrée « apaisée ».

En avril 1969 naît la Ligue communiste. Au côté d’Alain Krivine, ses principales figures s’appellent Daniel Bensaïd, Henri Weber et Charles Michaloux. Présenter un candidat à l’élection présidentielle est un véritable défi. « Nous voulons faire entendre la voix révolutionnaire de mai et juin 68 à la télévision, expliquent ses jeunes dirigeants. Cette candidature révolutionnaire tendra à dissiper les illusions électoralistes et parlementaristes du PC. Nous voulons rompre avec cette vision et affirmer une force sur la gauche du PC. »

Au premier rang des contestations

Des personnalités des milieux intellectuels, littéraires et artistiques – comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Michel Leiris, Maurice Nadeau – lancent un appel en sa faveur. La ligue parvient à recueillir 230 signatures d’élus pour parrainer son candidat, plus du double du nombre requis, cent à l’époque. Alain Krivine bénéficie alors d’une « permission spéciale ». Après avoir mené « une campagne rouge », comme le nom de l’organe de presse, Rouge, dont s’est dotée la jeune formation, il recueillera un peu plus de 1 % des voix. Il sera de nouveau candidat en 1974, après la mort de Georges Pompidou, et récoltera un maigre 0,37 %. « Je n’ai pas été élu président de la République. Il m’a toujours manqué 99 % des suffrages »,aimait-il répéter.

Entre-temps, la Ligue communiste a été dissoute après qu’elle se fut opposée par la force, le 21 juin 1973, à un meeting du mouvement d’extrême droite Ordre nouveau contre « l’immigration sauvage »Alain Krivine est de nouveau interpellé, inculpé d’infraction à la loi anticasseurs et écroué à la Santé. Appuyé par un fort mouvement de soutien, il est libéré cinq semaines plus tard.

Révolutionnaire, il l’est resté toute sa vie, ça ne lui est pas passé avec l’âge – contrairement à ce que dit le titre de ses Mémoires, parus en 2006, Ça te passera avec l’âge (Flammarion). Il a traversé plus d’un demi-siècle sans jamais dévier de la conviction que « la révolution est possible », qu’« il n’y a jamais eu autant de raisons de se révolter », attentif à tous les mouvements de contestation susceptibles de contribuer à l’émancipation sociale, de faire bouger les lignes du mouvement ouvrier. « Le véritable bonheur pour tout homme digne de ce nom, c’est de participer, conscient, à toutes les luttes d’émancipation », déclarait-il en 1973 alors qu’il s’apprêtait à prendre part une nouvelle fois à l’élection présidentielle, où il fait campagne sur le thème « ni trêve ni compromis ».

De Lip aux comités de soldats, des mouvements féministes aux mobilisations lycéennes et étudiantes, des manifestations internationalistes aux combats antiracistes et antifascistes, du soutien aux sans-papiers aux actions pour le droit au logement, des coordinations aux soubresauts du mouvement syndical, sans négliger les tribunes électorales, l’organisation dirigée par Alain Krivine, devenue Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en décembre 1974, a été de tous les terrains de lutte. Avec l’obsession constante de « faire bouger les choses » et de « trouver un débouché politique aux mouvements sociaux », le dirigeant trotskiste – même s’il n’aimait pas ce terme – a tenté de semer « les graines d’une nouvelle gauche, ni social-démocrate ni stalinienne », inlassablement prêt à s’enflammer malgré les reculs, les échecs et les déceptions.

Sur tous les fronts de contestation, Alain Krivine était au premier rang, toujours disponible, toujours prêt à « donner un coup de main aux camarades », à exploiter son impressionnante liste de contacts pour populariser une initiative, à servir de relais pour élargir le champ des soutiens. Le mouvement social de l’hiver 1995 insuffle une énergie décuplée à une LCR qui pense pouvoir rencontrer un écho plus large auprès de nouvelles couches radicalisées.

Premier mandat électif

Aux élections européennes de 1999, la LCR fait liste commune avec Lutte ouvrière (LO). Alain Krivine est en deuxième position derrière l’emblématique porte-parole de LO, Arlette Laguiller. La liste recueille plus de 5 % des voix et obtient cinq élus. A 58 ans, celui qui a déjà derrière lui plus de quarante ans de militantisme politique occupe un premier mandat électif. L’élection au Parlement européen, outre la découverte du monde politique institutionnel, lui permet de disposer de moyens supplémentaires et d’embaucher un assistant parlementaire. Pendant un an, c’est un jeune militant syndicaliste de La Poste, Olivier Besancenot, qui occupera cette fonction.

En 2002, Alain Krivine le convainc, non sans mal, d’être le candidat de la LCR à l’élection présidentielle. Le jeune postier recueille 4,25 % au premier tour d’une élection qui voit le candidat du PS, Lionel Jospin, éliminé du second tour, qui met aux prises Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Cinq ans plus tard, Olivier Besancenot est de nouveau candidat à la présidentielle et obtient plus de 4 % à l’issue d’une campagne qui soulève un engouement sans précédent pour un candidat d’extrême gauche. La Ligue décide de se dissoudre pour céder la place à un Nouveau Parti anticapitaliste plus à même, espère-t-elle, d’élargir l’audience de l’ancienne formation trotskiste.

Une nouvelle génération prend le relais. Alain Krivine a pris du champ et n’exerçait plus de responsabilités politiques, mais il restait toujours présent. Bien qu’il ait fait valoir ses droits à la retraite en 2004, il continuait encore, bien après, à occuper un bureau au-dessus de l’imprimerie Rotographie, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), et à distiller ses conseils : « Siempre presente. » Une vie de révolutionnaire… sans révolution. Patrick Roger

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Cette entrée a été publiée le 14 mars 2022 par dans 4éme INTERNATIONALE, anticapitalisme, COMMUNISME, KRIVINE Alain, REVOLUTION.
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