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À Barcelone, Pedro Sánchez appelle au réveil des forces progressistes face à l’internationale réactionnaire !

À l’occasion d’un sommet de dirigeants et d’un grand rassemblement progressiste, le premier ministre espagnol a enjoint ce week-end à la gauche de lancer la contre-offensive. « L’ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin », a-t-il lancé.

François Bougon

BarceloneBarcelone (Espagne).– À Barcelone, loin de la capitale Madrid, loin de ses problèmes judiciaires et de politique intérieure, le premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a réuni cette fin de semaine des dizaines de chef·fes d’État progressistes, dont la Mexicaine Claudia Sheinbaum, le Colombien Gustavo Petro, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa et le Brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Il a aussi présidé un grand rassemblement destiné à s’opposer à l’internationale réactionnaire de Donald Trump et ses affidés.

Vendredi 17 avril, le dirigeant socialiste de 54 ans s’était aussi réuni avec son aîné, le président brésilien Lula, 80 ans, pour le tout premier sommet entre les deux pays. Tous deux ont sonné la charge contre le président états-unien va-t-en-guerre.

Lula a salué les récentes prises de position de Sánchez contre la guerre en Iran. « Aujourd’hui, a-t-il déclaré, plusieurs régions du monde sont de nouveau en conflit. […] Je te comprends tout à fait lorsque tu dis “Non à la guerre”, je l’ai fait aussi en 2003 quand les États-Unis ont demandé au Brésil de participer à la guerre en Irak. J’ai dit que nous avions une autre guerre » – celle contre la pauvreté. 

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Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, à Barcelone le 18 avril 2026, au sommet de la « Global Progressive Mobilisation ». © Photo Lorena Sopena Lopez / Anadolu via AFP

Ces réunions, la troisième édition du sommet En défense de la démocratie et la toute première de la Global Progressive Mobilisation, ont permis à Sánchez de se placer comme le dirigeant européen qui organise la contre-offensive au niveau mondial dans le camp progressiste. 

« Merci Pedro pour ton leadership », a déclaré samedi 18 avril devant plus de 5 000 personnes Elly Schlein, la secrétaire du Parti démocrate (PD) italien. « Merci d’avoir démontré que le programme progressiste fonctionne. Merci d’avoir défendu notre dignité en quatre mots : non à la guerre. »

Samedi, Lula a félicité le dirigeant espagnol pour avoir organisé « cet événement progressiste qui vise à montrer au monde que la démocratie n’est pas morte » et « que personne ne doit avoir honte d’être progressiste ou d’être de gauche ». Dans un message vidéo, le maire de New York, Zohran Mamdani, a estimé quant à lui que le rassemblement de Barcelone était un « merveilleux mouvement émergent » en raison de son engagement « à lutter pour la dignité ».

L’ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin. Nous allons inaugurer une nouvelle ère de progrès.

Pedro Sánchez, premier ministre espagnol

Malgré les revers récents de la gauche aux législatives en Argentine et à la présidentielle au Chili, malgré la pression de l’extrême droite en Europe, y compris en Espagne où Vox vient d’accepter de soutenir le gouvernement régional de droite du Parti populaire en Estrémadure en échange d’une vice-présidence, Pedro Sánchez voit dans la récente défaite de Viktor Orbán un signe d’espoir pour la gauche sociale-démocrate. Et dans ces rencontres de Barcelone, l’occasion d’une renaissance.

« Je sais que l’internationale d’extrême droite et une droite servile font beaucoup de bruit ; que, parfois, on a l’impression qu’il n’y a pas d’autres voix. Mais ne nous laissons pas tromper. Ils ne crient pas parce qu’ils sont en train de gagner, ils crient parce qu’ils savent que leur heure est venue », a-t-il lancé samedi. « Les gens se rendent compte qu’ils n’ont pas de projet, qu’ils n’ont pas de solutions. Leurs politiques n’ont apporté que la guerre, l’inflation, les inégalités, la fracture sociale, a-t-il ajouté. L’ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin. Nous allons inaugurer une nouvelle ère de progrès. »

Le président du gouvernement espagnol a aussi revendiqué la fierté d’être de gauche. « Ils ont essayé de nous faire honte de nos idées, mais c’est fini, a-t-il affirmé. À Barcelone, ce 18 avril, la honte change de camp et ce sera pour toujours. »

« Make love again, not fascism »

C’est ce qu’ont essayé de démontrer pendant deux jours, vendredi 17 et samedi 18 avril, les participant·es d’En défense de la démocratie, venu·es en nombre d’une quarantaine de pays, sous la bannière de la Global Progressive Mobilisation. Cette dernière se veut une réplique à la CPAC (Conservative Political Action Conference), la grand-messe conservatrice qui a servi de rampe de lancement à la néo-réaction mondiale. D’ailleurs, pour la session plénière qui a conclu l’événement samedi après-midi, des casquettes rouges avaient été distribuées, sur lesquelles on lisait « Make love again, not fascism ».

Les tables rondes ont réuni des élu·es, notamment Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste français, des militant·es, des intellectuel·les, des syndicalistes et même d’ancien·nes dirigeant·es, tels le Chilien Gabriel Boric ou le Colombien Ernesto Samper. Se succédant à un rythme effréné, elles ont été l’occasion d’échanger sur les échecs, les stratégies à venir et sur des questions aussi diverses que « des solutions progressistes pour un monde qui sombre dans le chaos », « exercer une influence en se plaçant du bon côté de l’histoire » ou « aborder la guerre culturelle »

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L’économiste Gabriel Zucman au rassemblement Global Progressive Mobilisation vendredi 17 avril à Barcelone. © Photo François Bougon / Mediapart

L’une des personnalités les plus attendues de cet événement a été l’économiste français Gabriel Zucman, tout juste arrivé de New York, où il avait plaidé la veille pour imposer davantage les ultrariches en compagnie de Zohran Mamdani et d’un autre économiste, Joseph Stiglitz. Dans un texte publié le même jour par The Guardian et Le Monde, les trois hommes ont jugé que « rien ne justifie un système régressif dans lequel les ultrariches contribuent moins que le reste d’entre nous ». « C’est ainsi que les inégalités se creusent et se perpétuent », ont-ils écrit. 

À Barcelone, l’économiste français a de nouveau exposé ses arguments, se disant certain que son projet de taxe des milliardaires puisse voir le jour. « C’est juste une question de mois, d’années. Il faut juste qu’un État ou que la Californie [le « 2026 Billionaire Tax Act », une loi sur l’imposition des milliardaires à hauteur de 5 %, sera soumis au vote des habitant·es de l’État de l’ouest des États-Unis en novembre – ndlr], a-t-il lancé. Je ne sais pas qui sera le premier mais celui qui le fera deviendra une étoile brillante pour le monde entier. » 

Un regain d’optimisme

Car, malgré l’ampleur des défis face à la vague réactionnaire, aux discours de haine sur les réseaux sociaux, à l’alliance des oligarques et de la Big Tech et, dans le cas de la France, à une gauche incapable de s’unir à un an de la présidentielle, un certain optimisme a régné dans les salles et les couloirs du parc des expositions situé au pied du parc de Montjuïc.

« Tout n’est pas perdu, a lancé Julissa Reynoso Pantaleón, ancienne ambassadrice états-unienne en Espagne sous l’administration de Joe Biden. Dans mon pays, il existe un mouvement fort de résistance. » Pour elle, les prochaines élections de mi-mandat pourraient marquer le début de la fin pour le trumpisme. « Tous les indicateurs nous disent que le Parti démocrate, et surtout la partie la plus à gauche, va obtenir un résultat impressionnant », en tout cas à la Chambre des représentants, a-t-elle poursuivi.

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Une table ronde à la Global Progressive Mobilisation vendredi 17 avril 2026 à Barcelone. © Photo François Bougon / Mediapart

De son côté, le maire de Rome, Roberto Gualtieri, du Parti démocrate, a jugé que l’extrême droite était « en perte de vitesse » et qu’il était temps de construire une large coalition des forces progressistes. « Nous avons gagné à New York, nous avons gagné le référendum en Italie » sur la réforme de la justice, a-t-il indiqué. 

Cet optimisme est nourri non pas uniquement de défaites du camp adverse, comme celle subie par l’illibéral Orbán ou par Giorgia Meloni, mais aussi de victoires, largement commentées, en particulier celle de Zohran Mamdani à New York.

Avec cependant le sentiment d’une nécessité à porter des politiques réellement de gauche, que ce soit sur la taxation des riches ou les politiques migratoires, comme celle lancée mardi par l’Espagne dans un vaste plan de régularisation de sans-papiers pouvant bénéficier à quelque 500 000 personnes. « À ceux qui critiquent la régularisation extraordinaire : l’Espagne est fille de l’immigration et ne sera pas mère de la xénophobie », a déclaré Pedro Sánchez, samedi.

Le chef du gouvernement espagnol a mis en avant trois sujets d’importance. D’abord, un nouveau système multilatéral pour « refléter la réalité du monde du XXIsiècle », « plus efficace, plus transparent et démocratique, plus inclusif et représentatif »« Le moment est venu pour les Nations unies d’être renouvelées, réformées et, pourquoi pas, bien sûr, dirigées par une femme. Ce n’est pas seulement une question de justice, c’est aussi une question de crédibilité », a-t-il lancé. La régulation numérique – « sans règles, la technologie nous divise et nous rend plus dépendants » – et la lutte contre les inégalités sont ses autres priorités. 

Ana María Archila, responsable du service des affaires internationales de la ville de New York, a rappelé que la victoire de Donald Trump s’expliquait par l’incapacité du Parti démocrate à répondre aux espoirs du monde du travail. « Notre engagement est d’améliorer la vie des gens », a-t-elle insisté, en évoquant le mandat de Zohran Mamdani, soulignant aussi les résistances de la part des forces conservatrices et du capital pour faire échouer cette expérimentation.

« Nous sommes conscients que nous devons réussir à New York, mais nous devons aussi réussir partout dans le monde », a clamé la responsable politique. Une manière élégante de dire « progressistes du monde entier, unissez-vous », sans oublier les erreurs du passé. 

François Bougon

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Cette entrée a été publiée le 21 avril 2026 par dans ESPAGNE, EUROPE.