La chaîne d’information britannique Sky News rompt ses liens avec sa filiale des Émirats arabes unis, Sky News Arabia, à la suite d’une polémique impliquant la journaliste soudanaise Tasabih Mubarak.
Alors qu’elle se trouvait au Soudan pour couvrir la guerre, Tasabih Mubarak a pris des selfies et a reçu un bisou d’une commandante des génocidaires des Forces de soutien rapide (RSF), Shiraz Khalid.
Dans une vidéo, Shiraz Khalid appelle les hommes des Forces de soutien rapide (RSF) à se rendre au Port-Soudan pour « s’emparer des femmes » et « purifier leur lignée », exprimant ainsi son approbation des viols collectifs.
Dans une autre vidéo mise en ligne, la journaliste de Sky News, Tasabih Mubarak, ne se contente pas d’étreindre la commandante des RSF, Shiraz Khalid ; elle déclare également haut et fort : « Nous sommes avec vous. »

Le reportage de Tasabih Mubarak à El Fasher, au Soudan, présentait les Forces de soutien rapide (RSF) comme une “bouée de sauvetage pour les civils en besoin d’aide humanitaire”.
Dans les faits, les RSF sont responsables du massacre de milliers de civils à El Fasher.
La journaliste est mariée à Ibrahim al-Mirghani, un homme politique soudanais favorable aux RSF et membre du gouvernement de la RSF. Ce dernier l’a félicitée en ligne pour avoir lutté contre la « désinformation sur Internet ». Sky News Arabia est détenue conjointement par Sky News, basée au Royaume-Uni, et par International Media Investments (IMI), qui est contrôlée par le vice-président des Émirats arabes unis, le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan. Ce dernier est également le frère du président Mohammed bin Zayed.
Mansour bin Zayed Al Nahyan entretient des liens étroits avec Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de Hemeti, le chef des Forces de soutien rapide (RSF). Le vice-président des Émirats arabes unis s’est activement impliqué dans l’armement de Hemeti et de ses forces.
Alors que les Émirats arabes unis sont accusés d’avoir profité de l’or soudanais en échange d’armes aux RSF, Nadim Koteich, le directeur de Sky News Arabia, rejette ces accusations.
Bien que les Émirats arabes unis ne possèdent pas de mines d’or, ils abritent l’un des marchés de l’or les plus dynamiques au monde. Entre 20 et 30 % de l’or échangé à l’échelle mondiale transite par Dubaï. Ces dernières années, le pays a importé plus d’or africain que n’importe quel autre pays.
Selon l’ONG Swissaid, 435 tonnes d’or, d’une valeur de 30 milliards de dollars, ont été introduites clandestinement d’Afrique vers les Émirats arabes unis en 2022. En 2015, la base de données Comtrade des Nations unies indiquait que les Émirats arabes unis importaient 94 % de l’or exporté par le Soudan.
Une part importante de l’or qui transite par les Émirats arabes unis provient de circuits artisanaux en Afrique, notamment en République démocratique du Congo, où les conditions d’extraction sont souvent extrêmement précaires.
L’or est extrait dans des mines informelles sans encadrement légal, avec des travailleurs exposés à des risques élevés d’effondrement, d’intoxication au mercure et d’exploitation économique. Des ONG ont documenté la présence d’enfants dans ces sites, contraints de travailler dans des conditions dangereuses pour des revenus dérisoires.
Cet or, difficilement traçable, est ensuite exporté via des réseaux opaques vers des hubs commerciaux comme les Émirats, où il est raffiné et réintégré dans les circuits internationaux, brouillant l’origine réelle de la ressource.
