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Des dizaines de licenciements pour « faute grave » chez Free … Les ordonnances MACRON ne leurs suffisent pas ?

60 % d’effectifs en moins en trois ans… sans aucun plan social. Un rapport d’experts-comptables met en lumière les pratiques chez Mobipel, un centre d’appels de l’opérateur.

315 licenciementsen trois ans, dont… 266 pour faute grave ! C’est l’un des chiffres détonnants pointés dans le rapport d’expertise du cabinet Alter sur les orientations stratégiques du centre d’appels Free à Colombes (Hauts-de-Seine). Ce rapport confidentiel, que nous avons pu consulter, a été commandé par le comité d’entreprise de Mobipel, l’un des cinq centres d’appels de l’opérateur en France, le 15 septembre. Soit deux semaines avant que l’émission « Cash Investigation » sur France 2 ne révèle les pratiques sociales douteuses de la direction.

Dans ce document de 90 pages qui doit lui être justement remis dans quelques jours, le cabinet d’experts-comptables analyse la spectaculaire chute des effectifs de Mobipel ces trois dernières années. Alors même que le groupe de Xavier Niel ne cesse de gagner des abonnés (+ 440 000 sur mobile au premier semestre 2017) et d’accroître son chiffre d’affaires (+ 7,3 %, à 2,46 milliards d’euros sur la même période), le nombre de salariés de Colombes fond comme neige au soleil. Entre juin 2014 et septembre 2017, ils passent de 711 à 287.

Pour les experts, cette réduction de 60 % des effectifs en trois ans s’explique par « des licenciements disciplinaires massifs, des ruptures conventionnelles et des transferts intragroupe qui ne sont pas indépendants de la volonté de l’employeur ». Au point que les spécialistes d’Alter estiment : « Cette réalité confirmerait la thèse de certains représentants du personnel selon laquelle la direction de Mobipel chercherait par toutes les solutions individuelles possibles à contourner son obligation de mettre en œuvre une procédure collective qui l’obligerait notamment à mettre en œuvre des mesures coûteuses puisque proportionnelle aux moyens du groupe. » En clair, un onéreux plan social.

L’inspection du travail enquête

« Au-dessus de dix licenciements sur un mois, l’employeur doit procéder à un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), rappelle Anousone Um, délégué syndical SUD-Télécom. Or depuis 2014, il y a plus de dix licenciements par trente jours glissants. Les gens perdent leur travail pour deux retards ou une absence injustifiés. » Même analyse du côté de la CGT. « On est clairement dans une stratégie de plan social déguisé, qui prive les salariés de leurs droits, dénonce Marwan Farouki, délégué syndical CGT.

Car en cas de faute grave, l’employeur ne doit payer ni préavis ni indemnité de licenciement. « La faute grave, c’est rompre le contrat de travail à peu de frais, souligne Me Abdel Kachit, avocat en droit du travail au barreau de Paris, qui défend quatre ex-salariés de Mobipel. Si vous calculez 266 licenciements pour faute grave que multiplient deux mois de salaire à 1 800 euros, cela représente quasiment 1 million d’euros économisés rien qu’en préavis. Vous ajoutez l’indemnité et vous obtenez une économie extraordinaire. Pour eux, c’est un pari gagnant. Peu de salariés licenciés iront aux prud’hommes et ceux qui iront gagneront peu. »

En l’occurrence, les experts ont listé « 84 contentieux engagés par les salariés pour un montant total de 1,9 million d’euros et une moyenne de 22 523 euros par demande ». Une partie a été jugée. A ce stade, « tous sauf un ont gagné », fait valoir Anousone Um, de SUD, qui a lui-même obtenu l’invalidation de son licenciement par le ministère du Travail.

L’inspection du travail de Nanterre confirme qu’elle est saisie du dossier. « Il n’est pas possible de communiquer pour l’instant sur l’enquête menée », explique cependant leur porte-parole. Contactée par courriel et par téléphone, la direction d’Iliad, la maison mère de Free, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

« Je me suis investi corps et âme pour cette entreprise »

Kamal, licencié en 2015, qui vient d’obtenir sa réintégration

Yeux humides, mains crispées. Kamal reste éprouvé. Ce manageur a fait partie de la toute première équipe, lors de la création de Mobipel à Colombes en 2012. « J’ai dirigé jusqu’à deux équipes de 23 personnes. J’étais le meilleur des responsables mobiles. Toujours numéro 1 », fait valoir Kamal, encore fier. Le 1er septembre 2015, il fait une chute sur le plateau téléphonique. « Il y avait une petite marche, je me suis mal réceptionné. J’ai été arrêté pour mon dos de septembre à décembre. »

Le cadre reprend le travail le 4 janvier et reçoit sa lettre de licenciement pour faute grave le 6. « Votre absence a eu un impact sur la performance de votre équipe, peut-on lire dans le courrier. En plus de la désorganisation de service engendrée par votre absence, nous avons également eu à déplorer des écarts au niveau de la production. »

Du jour au lendemain, Kamal se retrouve sans travail. « Mon cauchemar a débuté, confie le manageur. Je venais de faire une proposition pour une maison. Je me suis désisté. Après, tout s’écroule : plus de fiches de paie, des dettes, les batailles avec la banque et l’administration. J’ai divorcé. Mon licenciement n’est pas la seule cause, mais il n’a rien arrangé. » Alors la décision que vient de rendre la cour d’appel de Versailles le 9 janvier, Kamal la vit comme une délivrance. « J’ai lavé mon honneur. Je m’étais investi corps et âme pour cette entreprise et je vais être réintégré. » La cour a annulé son licenciement et ordonné sa réintégration à Mobipel sous un mois, sous peine d’une astreinte de 200 euros par jour de retard. L’entreprise doit en outre lui verser tous les salaires, primes et avantages entre le jour de son licenciement et la date de sa réintégration.

 

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Cette entrée a été publiée le 7 février 2018 par dans anticapitalisme, CONDITIONS DE TRAVAIL, DROITS DES TRAVAILLEURS, LICENCIEMENTS.