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Conférence de presse de Macron : Le grand flou !

Retraite à 62 ans, objectif de plein-emploi en 2025, dose de proportionnelle, suppression de l’ENA : Emmanuel Macron a levé quelques flous et en a maintenu d’autres.

L’allocution du président de la République aurait dû être prononcée lundi 15 avril, mais elle avait été annulée à la dernière minute, alors qu’un incendie dévastait la cathédrale Notre-Dame de Paris. Dans les heures et les jours qui ont suivi, le texte qu’il aurait dû prononcer et les mesures qu’il comptait annoncer ont été révélés par la presse.

Jeudi 25 avril, Emmanuel Macron s’est finalement adressé aux Français deux heures et demie durant. Lors de cette allocution suivie d’une conférence de presse, devant un parterre de journalistes bien tranquilles, il a repris l’intégralité de ce qu’il aurait dû annoncer dix jours plus tôt, a fait peu de propositions nouvelles, a levé quelques flous et en a maintenu certains.

Les mesures nouvelles

  • Une retraite minimale à 1 000 euros alors qu’il faudrait 1.800 € pour vivre !

Le président de la République souhaite relever le niveau du montant plancher des pensions de retraite (qu’on appelle le « minimum contributif »), pour le porter à 1 000 euros, contre 637 euros aujourd’hui pour une carrière complète (ou 698 euros si la personne justifie cent vingt trimestres de cotisation).

Avec cette réforme, les pensions de retraite seront désormais largement supérieures à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse), qui s’élève à 868 euros. Ce qui reste une misère !

  • Généralisation des maisons de service public
  1. Macron entend installer dans chacun des quatre mille cantons français une maison « France Services », qui regroupera divers services publics (La Poste, caisse d’allocations familiales, Assurance-maladie, Pôle emploi…) en un même lieu, pour combattre la désertion des zones périphériques….Après avoir cassé les services publics de proximité et en particulier les bureaux de poste il semble faire machine arrière….à suivre !

Il s’agirait en fait de faire monter en puissance le dispositif existant des maisons de services au public (MSAP), imaginé en 2014 par le gouvernement de Manuel Valls. Il en existe aujourd’hui environ mille trois cents. Il s’agissait aussi d’une des propositions du « pacte social et écologique » proposé par l’ancien ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot et le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger avec dix-neuf organisations début mars. De quoi flatter ses amis !

Reste à savoir si le gouvernement est prêt à mettre la main à la poche, en créant des postes de fonctionnaires, quand on sait que les MSAP souffrent aujourd’hui d’un sous-financement critique.

  • Objectif plein-emploi à l’horizon 2025

Le chef de l’Etat a annoncé vouloir instaurer un « pacte productif »qui vise « à l’horizon 2025, le plein-emploi ». Interrogé par la journaliste Elizabeth Martichoux, il a précisé que cela ne remettait pas en cause son « objectif des 7 % de chômage » pour 2022, formulé lors de sa campagne. « Quand il s’agit de rebâtir une cathédrale, on sait se fixer un objectif. Je pense qu’il faut le faire pour tout, c’est un élément de mobilisation collective », a-t-il ajouté, sans se risquer à se fixer une échéance plus proche, comme l’avait fait François Hollande lors de son mandat.  Ce sont bien là des promesses en l’air !

Les mesures qu’il a précisées

  • Les réformes institutionnelles

L’intervention de M. Macron a permis de préciser certaines réformes institutionnelles qu’il souhaite mener et qui figuraient dans son programme électoral :

– La dose de proportionnelle lors du scrutin des élections législatives devrait se situer autour de 20 %. Cela ressemble fort à un compromis entre la demande de son allié du MoDem, François Bayrou, qui réclamait au moins 25 %, et la droite sénatoriale (dont l’approbation est indispensable à l’adoption de la réforme), qui ne voulait pas entendre parler d’un taux supérieur à 10 %.

– Le nombre de parlementaires devrait baisser de 30 %… ou de 25 %, si le Sénat insiste, a précisé en substance Emmanuel Macron. Une petite concession qui pourrait s’avérer nécessaire pour faire adopter la réforme au Palais du Luxembourg.

  • De nouveaux outils de participation citoyenne

Emmanuel Macron a confirmé les pistes qui figuraient dans son projet de discours et qui a fuité la semaine dernière :

  • Le seuil pour déclencher unréférendum d’initiative partagée sera réduit à 1 million de citoyens, contre 4,7 millions actuellement. Mais l’aval d’un cinquième des parlementaires restera a priori nécessaire, contrairement à l’esprit du référendum d’initiative citoyenne (RIC) réclamé par de nombreux « gilets jaunes » ;
  • Macron veut que soit renforcé « le droit de pétition local »qui consiste en une « forme de droit d’interpellation des élus au-delà d’un certain seuil, qui sera à définir » ;
  • Cent cinquante citoyens seront tirés au sort et pourront siéger au Conseil économique, social et environnemental (CESE) ;
  • Une convention de deux cent cinquante citoyens tirés au sort réfléchira à des solutions concrètes pour la transition énergétique.

Le président a en revanche exclu de reconnaître le vote blanc et de rendre le vote obligatoire.

  • L’Ecole nationale d’administration (ENA) sera finalement supprimée

Lors de son allocution, le président de la République a annoncé vouloir mettre fin « aux grands corps » de la fonction publique. Il a ensuite évoqué « la rumeur » lui prêtant l’intention de supprimer« telle ou telle chose pour en faire des symboles », se disant attaché à « l’élitisme républicain ».

Pourtant, une heure plus tard, répondant à une question de la presse, il a tranché clairement la question, assurant vouloir supprimer l’Ecole nationale d’administration (ENA) pour « bâtir quelque chose qui fonctionne mieux ».

Il a annoncé avoir mandaté le président de l’école pour qu’il soumette « au gouvernement des propositions très claires pour refonder le recrutement des hauts fonctionnaires, pour l’entrée en carrière, les modes de formation et la gestion des carrières ».

  • La retraite à 62 ans

Emmanuel Macron a assuré qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans, contrairement à ce qui se murmurait depuis quelque temps. Mais sa réforme, visant à instaurer une retraite par points, devrait inciter financièrement les Français à travailler plus longtemps. Bref pour les salariéEs soit partir à 62 ans avec une retraite de misère soit continuer un maximum pour survivre : Nous disons retraites à 60 ans maximum au taux plein avec un minimum de 1.800€ !

  • Les pensions alimentaires

Pour lutter contre le fléau des pensions alimentaires impayées, qui mettent les mères isolées en grande difficulté, M. Macron souhaite donner aux caisses d’allocations familiales (CAF) la possibilité de saisir directement les pensions non versées par les ex-conjoints.

Il existe déjà depuis 2017 une Agence de recouvrement des impayés de pensions alimentaires (Aripa), qui a pour mission de récupérer les pensions impayées, de soutenir financièrement les familles les plus fragiles, d’aider à fixer le montant des pensions (un barème sera disponible sur le site) et d’informer les parents sur leurs droits, la médiation familiale, etc. Mais seuls 37 000 des 315 000 parents ne touchant pas leur pension alimentaire font appel aujourd’hui à l’Aripa. Pas un mot sur les mères isolées (ou les pères) qui survivent avec des allocations ou salaires de misères !

  • Un espace Schengen réduit

Emmanuel Macron a ouvert la porte à un espace Schengen « avec moins d’Etats », en suggérant que les pays européens qui ne souhaitaient pas se plier à une politique d’immigration et d’asile commune pourraient être exclus de la zone de libre circulation européenne. Une attaque à peine voilée contre les pays du groupe de Visegrad, et en particulier la Hongrie de Viktor Orban, son adversaire déclaré dans la campagne des européennes. Celui-ci s’était érigé en premier opposant aux quotas de répartition des migrants proposés par l’Union européenne (UE), en 2015.

La leçon du président français est pourtant assez malvenue, puisque la France est loin d’être exemplaire en matière de solidarité européenne face à la crise migratoire. Le pays est loin d’avoir rempli ses promesses en matière d’accueil des migrants, et le tandem Emmanuel Macron-Edouard Philippe (le premier ministre) continue d’afficher une posture très ferme face aux arrivées de demandeurs d’asile en Méditerranée.

  • La réindexation des petites retraites

Le chef de l’Etat a confirmé que les retraites de moins de 2 000 euros seraient réindexées sur l’inflation à compter de janvier 2020, comme de nombreux Français l’avaient réclamé au cours du grand débat. Il s’est également engagé à ce qu’il n’y ait « plus de sous-indexation de quelque retraite que ce soit à partir de l’année 2021 ».

C’est un rétropédalage qui paraît quelque peu contraint. En décembre 2018, le Conseil constitutionnel avait censuré la décision de son propre gouvernement, qui avait limité à 0,3 % par an la revalorisation des pensions de retraite et des allocations familiales pour l’année 2020. C’est insuffisant la CSG est maintenue pour les retraitéEs et la retraite minimum reste en dessous des 1.800 € !

Les mesures qui demeurent floues

  • Des niches fiscales supprimées

Pour financer des baisses d’impôts pour les classes moyennes, des niches fiscales vont être supprimées. Mais le chef de l’Etat a précisé que seules les niches bénéficiant aux entreprises subiraient ce coup de rabot, et pas celles des particuliers.

Il a refusé d’en dire plus pour le moment, laissant au gouvernement le soin d’y travailler.

  • Le « travailler plus »

Emmanuel Macron a longuement insisté sur ce qui s’apparente à un nouvel axe fort de sa politique : l’idée de travailler plus. Le chef de l’Etat a exclu la suppression de nouveaux jours fériés ou le démantèlement officiel de la durée légale de trente-cinq heures, mais il s’est déclaré favorable à une hausse du temps de travail hebdomadaire, en renvoyant la question à des négociations de branche entre les partenaires sociaux.

« La France travaille en moyenne beaucoup moins que ses voisins : on commence plus tard, on part plus tôt et on travaille moins dans l’année », a-t-il justifié, en expliquant que le « différentiel » de « création de richesse » que nous avons avec nos voisins allemands était lié à ce problème.

Une affirmation fausse : Emmanuel Macron semble reprendre à son compte un chiffre largement relayé par le cabinet Coe-Rexecode, proche du patronat, selon lequel la France est le pays d’Europe où l’on travaille le moins sur une année. En réalité, si l’on considère l’ensemble des travailleurs (dont les indépendants et les temps partiels), la France se situe plutôt dans la moyenne européenne, assez proche de l’Allemagne.

En outre, notre pays se caractérise par une productivité plus élevée que la plupart de nos voisins. A temps de travail égal, la France produit donc plus de richesses. Un constat que l’hebdomadaire libéral The Economist résumait ainsi il y a quelques années : « Les Français pourraient être en congés le vendredi, ils produiraient encore davantage que les Britanniques en une semaine. »

  • La lutte contre l’évasion fiscale

Le président de la République a dit comprendre le besoin exprimé par les Français de lutter contre l’évasion fiscale, « qui mine l’adhésion à l’impôt », sans faire pour autant d’annonces concrètes. Il a renvoyé cette question à la fin d’une mission qui sera confiée à la Cour des comptes pour évaluer les sommes perdues à cause de ces pratiques.

Il a mis à son crédit, avec mauvaise foi, la suppression du« verrou de Bercy », un mécanisme qui conférait à l’administration fiscale le monopole sur les poursuites pénales contre les fraudeurs, et symbolisait aux yeux de nombreux observateurs le laxisme à l’égard de la délinquance en col blanc. En effet, si le verrou a (quasi) disparu, c’est grâce à l’insistance du Parlement et malgré les réticences du gouvernement.

Les annonces floues d’Emmanuel Macron sont également un aveu en creux de l’insuffisance de la loi contre la fraude fiscale votée en 2018, un texte dont le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt avait pourtant assuré qu’il « fera[it] date car il apporte des réponses inédites et de qualité pour lutter contre la fraude ».

  • La décentralisation
  1. Macron a prôné un « nouvel acte de décentralisation », sans fournir la moindre précision sur les modalités de cette réforme. Des échelons du millefeuille territorial seront-ils supprimés ou réaménagés ? Des compétences nouvelles seront-elles confiées aux collectivités ? « On va transférer les financements et les responsabilités démocratiques », s’est contenté de dire le chef de l’Etat.

Cette décentralisation fait bien plaisir à tous ces élus du terrain et à leurs partis de gestion qui sont les premiers à hurler quand une école, des classes, des maternités, des gares ou des bureaux de poste sont ferméEs mais qui en demandent la gestion même quand le pouvoir central ferme le robinet des finances ! On ne peut pas demander plus de services publics et moins d’impôts sur les riches !

NPA 27-04-2019

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Cette entrée a été publiée le 29 avril 2019 par dans anticapitalisme, FRANCE, GOUVERNEMENT.