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Salaires, primes, retraites… le grand chantier du pouvoir d’achat des professeurs !

Les défis de l’école 1/5. Lors de la rentrée, Jean-Michel Blanquer a de lui-même posé la question des revenus sur la table. Une question sensible dans ce métier, où beaucoup s’estiment victimes d’un déclassement, même si les situations sont très disparates.


Par Violaine Morin  Le monde

Alors que le ministre de l’éducation nationale ouvre un « an II » du quinquennat placé sous le signe du « bonheur des enseignants » et de leur « pouvoir d’achat », le problème chronique du revenu des enseignants retrouve le devant de la scène scolaire.
Lors de sa conférence de rentrée, le 27 août, Jean-Michel Blanquer a évoqué les solutions qui existent déjà : primes versées aux enseignants en éducation prioritaire (jusqu’à 4 500 euros par an en REP +, dont 1 000 euros à partir de la rentrée 2019), heures supplémentaires défiscalisées dans le second degré… Ou encore le déblocage d’une revalorisation décidée lors du quinquennat précédent, qui équivaudra à « une augmentation de 300 euros en moyenne par an et par agent, dès janvier 2020 ».
Lire les témoignages : « Mes parents étaient instituteurs, et ils n’avaient pas besoin d’emprunter »
Le SNUipp, majoritaire dans le premier degré, a ironisé sur une « revalo format colibri », reprenant le mot du ministre qui évoque un « peuple de colibris » au sujet des préoccupations climatiques des jeunes.
M. Blanquer estime également que la réforme des retraites lancée par le gouvernement offre une « opportunité historique de travailler tranquillement »sur la « revalorisation » des salaires, pour éviter une injustice. Un système à points, calculé sur l’ensemble de la carrière, défavoriserait en effet mécaniquement les enseignants, qui touchent peu de primes par rapport aux autres fonctionnaires. Mais, là encore, les syndicats s’insurgent : le SNES-FSU considère que la revalorisation ne doit pas devenir une simple compensation des pertes générées par le nouveau système.
Fortes disparités
Selon les chiffres de la DEPP, le service statistique de l’éducation nationale, le salaire net moyen d’un enseignant s’élève en 2016 à 2 450 euros par mois. Un revenu qui le place dans la catégorie des personnes « aisées », s’il est seul et sans enfant, selon l’Observatoire des inégalités, mais dans la petite classe moyenne s’il élève des enfants, seul ou en couple avec un autre enseignant. En outre, ce revenu est relativement faible au regard de son niveau d’études. Aujourd’hui, tous les enseignants sont recrutés au niveau master.
Ce revenu moyen masque de fortes disparités entre les salaires de début et de fin de carrière et entre des fonctionnaires de statuts divers. La survivance de trois corps d’enseignement (les professeurs des écoles, les certifiés titulaires du CAPES et les agrégés) explique en partie ces différences.
En 2016, selon la DEPP, le salaire moyen des professeurs des écoles s’élève à 2 195 euros net par mois, celui des certifiés à 2 514 euros, et celui des agrégés à 3 540 euros, toujours en moyenne. Les revenus entre les professeurs des écoles et les professeurs certifiés se sont rapprochés, au profit des premiers. « Les instits ont réussi, dans les années 1990, à conquérir des acquis statutaires et salariaux forts », commente Laurent Frajerman, chercheur à l’institut de recherche de la FSU. Accédant à la catégorie A de la fonction publique, les anciens instituteurs ont pu améliorer leurs revenus.

Un salaire « comme il faut »
L’ensemble des corps enseignants, cependant, ne cesse de dénoncer la lente érosion du pouvoir d’achat. Si l’éducation nationale délivre des statistiques sur les revenus moyens, peu d’études présentent leur évolution par rapport à l’inflation, au coût de la vie, et à l’évolution des ressources du reste de la population active.
Pour en rendre compte, les instances syndicales avancent parfois la valeur du salaire d’entrée de carrière d’un certifié par rapport au salaire minimum : un jeune enseignant touchait deux fois le smic au début des années 1980, contre 1,3 fois aujourd’hui. Pour ce qui concerne les agrégés, une étude menée au milieu des années 2000 par les économistes Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane et Robert Gary-Bobo avait établi une perte de pouvoir d’achat de 25 % entre 1981 et 2004, sous l’effet combiné du gel du point d’indice et de l’évolution des cotisations sociales.
La situation des enseignants continue cependant d’être perçue comme privilégiée. Selon un sondage OpinionWay pour Les Echos et Radio Classique de juin 2019, les Français sont 45 % à trouver que le salaire des professeurs des écoles en début de carrière est « comme il faut » – les 1 012 répondants de 18 ans et plus qui composent l’échantillon représentatif ont pris connaissance de leur niveau d’études, ainsi que du nombre d’heures passées devant la classe par semaine. Ils ne sont plus que 38 % à trouver la rémunération correcte pour les enseignants certifiés. Quant aux agrégés, ils touchent un salaire de début de carrière « trop important » pour 27 % des répondants (ils n’étaient que 21 % à le penser pour les professeurs des écoles et les certifiés).
« Tâches bureaucratiques »
Pour Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, la situation des enseignants relève en fait du « compromis social ». « Le temps de congé, anormalement élevé par rapport aux cinq semaines réglementaires dans le privé, est à prendre en compte dans la rémunération », précise-t-il.
Pourtant, les études démontrent que le temps de travail des enseignants, lui aussi, augmente. « Les enseignants ont beaucoup plus de tâches qu’auparavant, en dehors de la classe », rappelle la sociologue Géraldine Farges. Il y a, bien sûr, toujours eu un temps de travail en dehors des heures passées devant les élèves, qui s’élèvent à vingt-cinq par semaine pour les professeurs des écoles, dix-huit pour les certifiés et quinze pour les agrégés. Mais aujourd’hui, « on demande aux enseignants des tâches qu’ils décrivent comme bureaucratique : remplir des dossiers, organiser le suivi individualisé des élèves ». Une pratique en forte progression.
Enfin, « comme dans toutes les professions, il y a une marge importante entre le salaire net et le niveau de vie », rappelle Louis Maurin. Ce dernier dépend aussi du patrimoine, de l’endroit où l’on vit et de la situation familiale de chacun. En revanche, la situation maritale des enseignants ne fait pas beaucoup bouger les lignes, car l’endogamie est forte – les enseignants ont tendance à se marier entre eux.
Une exception néanmoins à cette règle, que pointe Géraldine Farges, est celle des femmes professeur des écoles : « Le métier reste bien vu pour des femmes de milieux favorisés, rappelle la sociologue. Celles qui ont une forte probabilité de se mettre en couple avec quelqu’un qui aura une condition sociale confortable. »

 

 

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Cette entrée a été publiée le 3 septembre 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, ENSEIGNANTS/ES, FRANCE.