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Retraites : la réforme « va aggraver les inégalités entre les générations et au sein d’une même génération »

Pour le sociologue Camille Peugny, spécialiste des inégalités sociales, la stratégie du gouvernement revient à « miser sur une forme d’égoïsme générationnel pour dégonfler la mobilisation ».

Propos recueillis par Charlotte Chabas

C’était l’un des principaux enseignements du discours d’Edouard Philippe devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE), mercredi 11 décembre : le système de cotisation à point des retraites, dont le gouvernement souhaite la mise en place, n’entrera en vigueur qu’à partir de 2025. Dans le détail, il concernera de manière progressive les gens nés à partir de 1975, et sera appliqué pleinement pour ceux nés en 2004.

Ce bornage temporel, justifié par le premier ministre par la volonté d’une « transition progressive », a avivé la colère des opposants à la réforme. « Je ne veux jamais être ce père qui dira à son fils que j’ai sauvé ma retraite en sacrifiant la sienne ! La lutte continue ! », a ainsi réagi le porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, né en… 1974.

 

Pour le sociologue Camille Peugny, professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et spécialiste des inégalités sociales, la stratégie du gouvernement revient à « miser sur une forme d’égoïsme générationnel pour dégonfler la mobilisation ».

Qu’avez-vous pensé des annonces d’Edouard Philippe ?

Le message envoyé par le gouvernement n’est pas le bon. Le premier ministre n’a de cesse de répéter que c’est une réforme urgente, qui contribuera à une société « plus juste, plus équitable et plus solidaire », mais il choisit pourtant explicitement de la faire reposer sur la prochaine génération.

« Cela crée une injustice intergénérationnelle majeure »

Or, en 2025, la pression démographique aura déjà diminué puisque les premiers baby-boomers ne seront plus là. Pour la « génération 1975 », qui a déjà connu une vie professionnelle plus complexe que ses aînés, il y a le sentiment d’une double peine. Ils se retrouvent à devoir essuyer les conséquences des choix faits par leurs prédécesseurs, tout en étant économiquement moins avantagés. Cela crée une injustice intergénérationnelle majeure.

Quel est le rapport de cette « génération 1975 » au travail ?

Ils sont entrés sur le marché du travail dans le milieu des années 1990, et ont subi de plein fouet l’explosion du chômage chez les jeunes. Dès la fin des années 1980, le taux d’inactivité chez les moins de 25 ans était deux à trois fois plus élevé que dans le reste de la population.

En outre, les emplois disponibles se sont avérés de plus en plus précaires. Alors qu’au début des années 1980, plus de 80 % des 15-24 ans salariés étaient en CDI, ils ne sont plus que 50 % en 2012. Tout cela dans une société qui continuait de consacrer l’emploi stable comme préalable pour accéder au logement, au statut social, etc.

Ces débuts difficiles ont marqué l’ensemble de leur carrière. Il n’y a pas eu d’« effet cicatrice », c’est-à-dire une nette amélioration de leurs conditions d’exercice compensant leur entrée dans la vie active chahutée. En comparaison, la génération « baby-boom » a connu une trajectoire professionnelle généralement plus stable, et partira en retraite plus tôt. Cela entretient une frustration générationnelle forte.

Comment analysez-vous cette décision du gouvernement ?

Une politique publique doit veiller à limiter les inégalités entre les générations, mais aussi au sein d’une même génération. Or, le nouveau système va aggraver les deux. Le gouvernement fait le pari qu’en portant le débat sur l’inégalité générationnelle, on parlera moins du creusement des inégalités au sein d’une même génération. C’est la macrosociologie contre la microsociologie. Mais je pense que c’est un mauvais calcul.

En quoi est-ce un mauvais calcul ?

Cela participe d’une stratégie qui joue sur les fractures de la société. Il s’agit de miser sur une forme d’égoïsme générationnel pour dégonfler la mobilisation. Il y aurait celui qui est du bon côté de la barrière, et celui qui est du mauvais… et ceux-là devraient se battre entre eux.

Je pense que cette approche politique n’est pas la bonne. Une solidarité entre les générations perdure au sein des familles. Dans les manifestations contre le contrat première embauche (CPE), en 2006, les jeunes étaient les premiers concernés. Pour autant, on voyait évidemment des actifs dans les cortèges, et notamment des parents qui souhaitaient défendre l’avenir de leur enfant. Je pense qu’il en va de même pour les retraites, et que les générations nées avant 1975 ne vont pas abandonner la mobilisation sociale pour autant.

 

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Cette entrée a été publiée le 19 décembre 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, ETAT POLICIER, FRANCE, retraites.