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Mozambique : la prise de Palma par l’État islamique aggrave la situation humanitaire

  • © LUSA – MIGUEL FONSECA Des dizaines de personnes attendent l’arrivée de navires en provenance du quartier de Palma, la population fuyant les attaques des groupes rebelles depuis mercredi à Pemba. 29 mars 2021.

Le groupe État islamique revendique l’attaque de Palma, dans la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Une attaque qui aurait fait, selon les autorités de Maputo, des dizaines de morts et provoqué la fuite de milliers de réfugiés depuis mercredi. L’organisation jihadiste à laquelle s’est rallié le groupe islamiste mozambicain Ansar al-Sunna, affirme « contrôler la ville » côtière, à quelques kilomètres du mégaprojet gazier du Français Total, projet qui est de nouveau suspendu depuis samedi.

Selon la communication du groupe État islamique, les jihadistes auraient pris le contrôle de la ville de Palma après trois jours de combats. Ils auraient tué 55 militaires et « chrétiens » ou occidentaux, détruit des bâtiments gouvernementaux et des banques.

De leur côté, les forces mozambicaines estiment à plusieurs dizaines le nombre de tués et disent reprendre du terrain en affrontant des poches de résistance des jihadistes. Des témoins parmi les civils ont raconté à la rédaction lusophone de RFI comment ils avaient fui, par milliers, à pieds vers l’intérieur des terres, ou par mer sur des bateaux de fortune.

Palma, après Mocimboa da Praia

Cette attaque succède à la prise, en août dernier, de Mocimboa da Praia, un port important de la province qui est toujours sous le contrôle des jihadistes, alors que ce port permettait d’approvisionner tout le nord de la région et en particulier le chantier d’extraction et de liquéfaction du gaz mozambicain, mené par Total.

L’étau islamique semble donc se resserrer sur cette région, de la part du groupe islamiste Ansar al-Sunna. Communément appelé Al-Shabab, ce qui veut dire « les jeunes », à ne pas confondre avec les Shebab somaliens, il a été créé en 2007 et ses combats se sont intensifiés, depuis 2017, dans la province de Cabo Delgado.

Le groupe recrute dans le pays voisin, la Tanzanie, et il s’est rallié au groupe État islamique en 2018. Il est ainsi devenu une composante de la branche « État islamique en Afrique centrale » qui vient elle-même d’être inscrite sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis et dont une autre composante – les Forces démocratiques alliées, les ADF – mène des opérations en République démocratique du Congo.

L’attaque jihadiste à Palma est intervenue le lendemain de l’annonce, par Total, d’une relance de son projet gazier. Certains experts, joints par RFI estiment que l’attaque-surprise des jihadistes avait été préparée de longue date, après trois mois d’accalmie. Il n’y a donc pas forcément de lien direct avec l’annonce de la relance du projet gazier par Total, mardi dernier, la veille de l’offensive.

Centains employés du site gazier évacués

Mais de fait, le chaos à Palma a poussé Total à renoncer de nouveau à la reprise des travaux sur la péninsule d’Afungi, à quelques kilomètres de là. D’autant que des milliers de civils ont tenté de se réfugier sur le site très protégé de l’opérateur et de ses sous-traitants. Des centaines d’employés ont été rapatriés à Pemba, la principale ville du Cabo Delgado, plus au sud, et qui n’est pas aux mains des jihadistes. Ou encore plus loin à Maputo, la capitale mozambicaine.

Plus généralement, la reprise des attaques jihadistes porte un coup très dur au développement de la région de Cabo Delgado, alors que c’était elle qui attirait le plus d’investissements autour du projet phare de Total, 20 milliards de dollars à lui tout seul.

Une aide militaire de l’UE

Jusqu’à présent, les autorités mozambicaines avaient refusé toute aide des pays voisins de la SADEC pour gérer l’offensive jdihadiste et ses conséquences. Pour l’instant, seuls des mercenaires étrangers – en particulier sud-africains – venaient en renfort au soldats mozambicains.

Mais Maputo vient d’accepter une aide européenne à la formation militaire à laquelle va participer le Portugal, l’ancienne puissance coloniale, qui dirige le Conseil européen depuis le début de l’année, mais aussi la France dont le territoire de Mayotte est à quelques miles marins.

Le gouvernement mozambicain discute aussi en ce moment avec les agences de l’ONU pour organiser les secours aux réfugiés, déjà près de 700 000 personnes déplacées en trois ans.

Le groupe État Islamique a revendiqué ce lundi 29 mars les attaques menées depuis près d’une semaine sur Palma, ville portuaire située au nord du Mozambique à la frontière avec la Tanzanie. La prise de Palma aggrave un peu plus la situation humanitaire de la région, alors que des milliers de personnes, locaux et travailleurs internationaux, ont dû fuir.

D’après les quelques témoignages qui en ressortent, Palma est désormais une ville fantôme. Les forces de l’ordre mozambicaines ont lancé l’offensive reprendre le contrôle de la localité prise par les hommes de l’État islamique.

Les habitants se sont réfugiés là où ils ont pu, dans l’urgence. Ils sont partis dans les forêts environnantes, marchant parfois pendant des jours à pied, ou sur la mer, secourus par diverses embarcations. Le site gazier de Total, situé à quelques kilomètres et hautement sécurisé, a aussi vu affluer les civils.

Ceux qui ont pu être évacués ont rejoint Pemba, un peu plus au Sud, une ville qui recevait déjà de nombreux réfugiés ces derniers mois, au fil des attaques qui ont fait depuis le début du conflit plus de 500 000 déplacés. Alors que les communications avec Palma sont toujours coupées, ces rescapés se retrouvent en état de choc, sans nouvelle de leurs proches. L’ONU appelle aux financements pour pouvoir gérer une telle crise humanitaire.

Les ONG inquiètent du sort de centaines de disparus

Le gouvernement mozambicain, lui, communique très peu, et se contente de parler de « dizaines de victimes », en plus des 7 personnes officiellement décédées alors qu’elles tentaient de fuir un hôtel assiégé. Mais de leur côté, les ONG de leur s’inquiètent du sort de centaines de disparus.

La région, riche en ressources gazières, est secouée par les violences djihadistes depuis fin 2017, menées par un groupe qui se nourrit de la pauvreté de la région et de la colère des habitants. Ces terroristes se font appeler « Al-Shabab » (« les jeunes », en arabe) et affirment être affiliés à l’EI.

Pourquoi Total compte rester au Mozambique

Par :Dominique BaillardSuivre

L’organisation de l’État islamique a revendiqué ce lundi 29 mars l’attaque menée dans la région côtière de Cabo Delgado, là où Total est implanté pour exploiter un méga gisement sous-marin de gaz. Cette nouvelle offensive jihadiste remet-elle en cause un projet susceptible de transformer le destin du Mozambique?

Contacté par RFI, Total dit « faire confiance au gouvernement du Mozambique pour retrouver le contrôle de la zone ». Pas question de renoncer donc, mais le message de la compagnie se fait insistant : il faut absolument que le gouvernement reprenne en main la situation sécuritaire. Le président du pays s’y était engagé auprès du patron de Total, Patrick Pouyanné, venu le rencontrer en janvier. Pour le moment, c’est un échec complet selon le consultant Philippe Sébille-Lopez. D’après lui, l’armée n’est pas à la hauteur et les sociétés privées russes ou sud-africaines qui se succèdent sur place « ne servent à rien ».

Ramener la paix dans la région prendra du temps

Non pas des mois, mais plutôt des années. Un délai qui en vaut la chandelle pour Total, l’opérateur du projet. L’extension du GNL, dont il est déjà le deuxième opérateur privé mondial, fait partie de sa stratégie pour diminuer son empreinte carbone. Pour le Mozambique, c’est un projet indispensable. Au moment de la découverte du gisement, on a parlé d’un jackpot pour ce pays d’Afrique australe classé parmi les plus pauvres au monde par la Banque mondiale.

Il pourrait devenir l’un des tous premiers exportateurs au monde de gaz naturel liquéfié, en compétition par exemple avec le Qatar.

Sa géographie, avec sa longue côte ouverte sur l’océan Indien, en fait un fournisseur idéal pour l’Asie. L’État escompte un revenu annuel de 3 milliards de dollars d’ici dix ans. Total s’est engagé à investir 20 milliards de dollars dans le projet. Et la compagnie américaine Exxon de son côté pourrait investir 30 milliards de dollars. Avec la présence de l’Italien ENI et d’autres compagnies asiatiques, 60 milliards seront injectés. Cela en fait le plus gros investissement étranger du continent africain. C’est quatre fois le PIB annuel d’un pays où deux habitants sur trois vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

Mais ces promesses sont encore lointaines : avant d’encaisser, il faut d’abord dépenser pour régler la question de la sécurité. Un défi pour un État surendetté. L’aide extérieure apparaît indispensable. Les États-Unis se disent prêts à assister le gouvernement dans sa lutte contre les shebabs – pour le moment, l’assistance américaine se réduit à une douzaine de soldats des forces spéciales. Sur place, pendant deux mois pour entraîner les commandos mozambicains.

Les intérêts économiques des États-Unis sont aussi en jeu dans ce projet. Beaucoup d’entreprises américaines sont en contrat avec Total. Cela représente plus de 16 000 emplois sur le sol américain. Et c’est en partie une banque américaine qui finance la compagnie française. L’Eximbank apporte 5 milliards de dollars au montage.

Enfin, l’implication de l’administration sera sans doute déterminante pour la compagnie Exxon, qui a déjà reporté deux fois sa décision finale d’investissement. Pas seulement à cause des attaques jihadistes mais aussi à cause du Covid-19. La pandémie a fait baisser le marché du gaz, ce qui rend les investissements plus difficiles et moins rentables.

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Cette entrée a été publiée le 30 mars 2021 par dans AFRIQUE, Conflits et Guerres, TERRORISME.