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USA : La grève de John Deere à la croisée des chemins

Jerry White     WSWS 11-11-2021

La grève de près d’un mois des 10.100 travailleurs de John Deere dans l’Iowa, l’Illinois et d’autres États est à un tournant crucial. Dans la semaine qui a suivi le rejet par les travailleurs d’une deuxième proposition de l’entreprise soutenue par le syndicat UAW (United Auto Workers), Deere est passé à l’offensive.

Deux voies différentes s’offrent aux travailleurs. D’une part, il y a Deere et l’UAW, déterminés à faire passer un contrat qui étrangle les revenus des travailleurs et permet à l’entreprise de continuer à engranger des bénéfices records. Ils continueront à conspirer et à utiliser toutes les armes et tous les stratagèmes à leur disposition pour diviser les travailleurs et écraser leur résistance.

Des travailleurs de Deere en grève devant une usine John Deere, mercredi 20 octobre 2021, à Ankeny, Iowa. (AP Photo/Charlie Neibergall)

Mais il existe aussi la voie vers la victoire de la grève et c’est la suivante: les travailleurs prennent l’initiative entre leurs mains, ils établissent des organisations de la base dans chaque usine et entrepôt, ils appellent directement les ouvriers de l’automobile et les travailleurs de Deere aux États-Unis et à l’étranger à se mobiliser pour soutenir leur lutte, qui a le potentiel d’impacter le sort de tous les travailleurs.

L’entreprise a lancé un blitz médiatique, ses dirigeants vont partout pour vanter leur offre prétendument généreuse, suggérant que sa défaite par une majorité de 55 contre 45 pour cent est largement due à une minorité de travailleurs déraisonnables. L’UAW n’ayant pas réussi à faire passer ses exigences à deux reprises, Deere a envoyé des SMS directement aux travailleurs dans le but évident de les diviser et de les forcer à revoter sur l’accord, qui, selon la direction, est son «dernière, meilleure et ultime».

Le débrayage a entraîné d’importants retards dans l’expédition des pièces de rechange dont les agriculteurs ont besoin pour faire fonctionner leur matériel Deere pendant les dernières semaines de des récoltes. Après le rejet du contrat, la direction a annoncé qu’elle renforçait son «plan de continuité du service à la clientèle», qui prévoit le déploiement de superviseurs, d’ingénieurs et d’autres travailleurs salariés dans ses installations et l’accélération de la production dans ses usines hors des États-Unis.

Si les responsables de Deere déclarent publiquement qu’ils souhaitent toujours un accord pour faire retourner les travailleurs actuels, ils n’ont pas exclu d’embaucher des briseurs de grève pour remplacer les grévistes. «Si nous traversons cette période et que l’information présentée aux gens, l’accord qui leur est présenté, ne leur convient pas, nous devons déterminer comment continuer à servir nos clients à l’avenir», a déclaré Cory Reed, président de la division Worldwide Agriculture & Turf de Deere, dans un article du Des Moines Registerpublié lundi. «Cette planification est toujours poursuivie».

Loin de mobiliser les 400.000 membres du syndicat pour s’opposer à ces menaces de briser la grève, l’UAW oblige les travailleurs de Deere à se battre seuls contre ce géant multinational. Après le rejet de son deuxième accord avec l’entreprise, l’UAW International a publié un communiqué superficiel de trois phrases déclarant qu’il reprendrait les réunions avec la direction de Deere – et non avec les travailleurs – pour «discuter des prochaines étapes».

L’UAW a imposé un black-out complet sur l’information des travailleurs de Deere et n’a même pas admis ses discussions à huis clos avec les patrons de Deere. Pendant ce temps, elle continue à servir aux travailleurs de Deere des rations de famine de 275 dollars [240euros] par semaine d’indemnités de grève, malgré un fonds de grève – financé par les cotisations des travailleurs – évalué à près de 800 millions de dollars.

Il ne fait aucun doute que les responsables de l’UAW complotent avec la direction de l’entreprise pour affaiblir la résistance des travailleurs et les forcer à un nouveau vote sur le même accord, ou un accord légèrement modifié qui ne répond toujours pas aux revendications des travailleurs.

Deere devrait engranger près de 6 milliards de dollars de bénéfices cette année – au moins 62 pour cent de plus que son précédent record de 2013 – et les travailleurs en grève sont déterminés à obtenir une augmentation de 10 dollars de l’heure pour compenser plus de 25 ans de concessions salariales, soutenues par l’UAW. Ils veulent protéger leurs familles contre la hausse des prix du carburant, de la nourriture et d’autres produits de première nécessité. Ils veulent également rétablir les prestations de soins de santé entièrement payées des retraités de toutes les générations de travailleurs, auxquelles l’UAW a renoncé en 1997.

L’UAW est déterminée non pas à gagner la grève, mais à la faire échouer. Le président de l’UAW, Ray Curry, le vice-président Chuck Browning et le reste des hauts managers aisés du siège de l’UAW, «Solidarity House», savent qu’une victoire des travailleurs de Deere déclencherait une rébellion bien plus large de la base contre l’UAW. Les travailleurs de Caterpillar, Volvo et Mack Trucks, de GM, Ford et Stellantis, des fournisseurs de pièces automobiles Dana, Faurecia et Lear, et ceux d’innombrables autres usines, travaillent tous avec des contrats prévoyant des systèmes de salaires et d’avantages sociaux qui divisent les ouvriers, et d’autres conditions oppressives. Tout cela est imposé par les mêmes responsables corrompus de l’UAW au moyen de mensonges, de menaces de perte d’emploi et de fraude électorale pure et simple.

La bataille chez Deere fait partie de ce qui est en train de devenir la plus grande vague de grève aux États-Unis et dans le monde depuis des générations. Depuis le début de l’année, plus de 150 grèves ont eu lieu aux États-Unis, auxquelles ont participé des travailleurs de pratiquement tous les secteurs économiques.

Des milliers de travailleurs – comme ceux de Deere, de Kellogg’s, les infirmières et autres travailleurs de la santé en Californie, en Virginie occidentale et dans le Massachusetts; les mineurs de charbon d’Alabama, les enseignants de Scranton (Pennsylvanie) et les étudiants diplômés de l’université de Columbia – sont actuellement en grève. Trente mille autres travailleurs de la santé de Kaiser Permanente en Californie et dans l’Oregon sont prêts à faire grève le 15 novembre, et 60.000 travailleurs du cinéma et de la production, qui étaient prêts à faire grève le mois dernier, votent ce week-end sur un contrat de capitulation profondément méprisé.

Ces actions font partie d’une vague croissante de luttes internationales – comme les grèves d’enseignants, d’infirmières et d’autres travailleurs du secteur public au Canada, au Portugal, au Sri Lanka, au Mexique et dans d’autres pays – car les travailleurs cherchent à combattre les mesures d’austérité que les gouvernements capitalistes imposent pour payer le renflouement massif des grandes entreprises et des banques.

Les conditions sont réunies pour que ces luttes s’unifient en une puissante contre-offensive industrielle et politique de la classe ouvrière contre des décennies d’érosion du niveau de vie et d’explosion des inégalités sociales.

Ces luttes militantes sont alimentées par la réponse des gouvernements capitalistes du monde entier à la pandémie, qui ont fait passer les profits avant les vies. Depuis le début de la pandémie, la richesse des milliardaires, rien qu’aux États-Unis, a augmenté de 70 pour cent – passant de près de trois mille milliards de dollars à plus de cinq mille milliards de dollars – alors même que 89 millions de travailleurs ont perdu leur emploi, que 47 millions ont été infectés par la COVID-19, avec des conséquences à long terme inconnues, et que plus de 776.000 sont morts.

Après avoir été forcés de risquer leur vie, les travailleurs du monde entier refusent d’accepter des salaires qui ne suivent pas l’inflation, des horaires épuisants qui les privent de leur vie familiale et de leur santé, et les mensonges de dirigeants d’entreprise et de bureaucrates syndicaux qui affirment qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire leurs justes revendications.

Dans toutes les luttes qui ont lieu ou qui émergent, le plus grand obstacle à l’unification des travailleurs sont les syndicats corporatistes qui fonctionnent comme une police du travail et participent à l’exploitation de la classe ouvrière. C’est pourquoi un nombre croissant de travailleurs – éducateurs, travailleurs de la santé, travailleurs d’Amazon, ouvriers de l’automobile et des pièces détachées chez Volvo Trucks, Dana, Deere et des constructeurs automobiles de Détroit – rejoignent le réseau croissant des comités de la base dans les usines et autres lieux de travail. Ces comités rejettent l’autorité des syndicats pro-entreprises et luttent pour les intérêts indépendants de la classe ouvrière.

Samedi, lors d’une réunion en ligne parrainée par le World Socialist Web Site, les travailleurs ont voté en faveur de la création du Comité de solidarité des travailleurs de la base pour la grève de Deere, afin de mobiliser le soutien le plus large possible aux travailleurs en grève.

Pour lutter contre des sociétés transnationales comme Deere, les travailleurs ont besoin d’une stratégie mondiale. L’aspiration des travailleurs à la solidarité internationale a été exprimée par les travailleurs de Deere à Mannheim, en Allemagne, qui ont exprimé à maintes reprises leur soutien à leurs frères et sœurs aux États-Unis. En mai, l’Alliance internationale ouvrière des comités de base (IWA-RFC) a été fondée pour coordonner les luttes croissantes de la classe ouvrière au-delà de toutes les frontières nationales.

La lutte contre l’exploitation capitaliste est inséparable de la lutte pour éliminer la pandémie et pour mettre fin au sacrifice de la vie humaine aux profits des grandes entreprises. La vague croissante de grèves et de luttes partout dans le monde doit être développée en une lutte politique consciente pour instaurer le pouvoir des travailleurs et réorganiser la vie économique sur la base de la planification socialiste et d’une production pour les besoins humains et non pour le profit privé.

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Cette entrée a été publiée le 12 novembre 2021 par dans Actualités des luttes, JOHN DEERE, POUVOIR D'ACHAT, SALAIRES ET REMUNERATIONS, USA.
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