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France : Sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon

PATRICK LE MOAL

À l’heure actuelle, J-L Mélenchon est le candidat avec les meilleures attentes de la gauche, bien que sa capacité à jouer un rôle central soit incertaine. En 2017, il approchait les 20%, est-ce que le peuple va se retourner avec lui dans les dernières semaines de ces élections pour l’emmener au second tour ? Le système électoral peut apporter des surprises, avec une concurrence au sein de l’électorat d’extrême droite et de Le Pen, Zemmour et Pécresse.

Un candidat qualifié pour l’activité électorale

Mélenchon a su s’adapter parfaitement au système médiatico-politique Français centré sur l’élection présidentielle, sur le rapport d’un Homme avec les électeurs, sur les individus, sur l’agitation, sur la polémique du moment, sur la fabrication d’émotions autour des candidats, en particulier des hommes, dans les réactions d’admiration, de vénération, de détestation ou encore de haine. Par conséquent, dans une élection présidentielle, des tournants inattendus peuvent se produire, car les réactions aux événements et les diatribes verbales peuvent parfois être décisives. Ainsi, contrairement à d’autres, sa position positive sur l’islamophobie, question centrale dans le processus de fascisation des débats, ou son plaidoyer en faveur de la créolisation de la société, ainsi que son refus de participer à la manifestation policière du 19 mai, alors que tout le monde y est allé, peuvent jouer en sa faveur.
Mais tout cela ne doit pas nous faire oublier l’essence de son projet politique.

L’avenir commun, un programme loin d’être radical

Le programme de Mélenchon L’avenir en commun présente « une vision du monde futur », dans le but de « construire une société qui vise l’harmonie des êtres humains les uns avec les autres et avec la nature ».

La victoire du néolibéralisme rend ce texte radical. Mais il est très marqué par les références au socialisme républicain et son admiration pour François Mitterrand, le président qu’il respecte encore aujourd’hui. La comparaison [de L’Avenir en commun] avec les 110 propositions de Mitterrand pour la France pour les élections de 1981 est éclairante. C’est la continuation de ce dernier. L’avenir commun est moins avancé en matière économique, notamment en ce qui concerne les nationalisations, identique en matière sociale, mais beaucoup plus développé et structuré en matière environnementale, d’aménagement écologique, et peut-être plus radical par rapport aux institutions politiques, avec la VIe République, le droit de vote à 16 ans, le référendum d’initiative citoyenne ou la réglementation du recrutement militaire obligatoire des jeunes. Bien qu’il ait su intégrer les réponses à l’évolution de la situation, il se déplace dans la même logique : limiter les effets les plus violents de l’exploitation capitaliste, luttant aujourd’hui contre les effets des crises écologiques, sans remettre en cause ni la logique du système lui-même, ni la place de l’impérialisme Français dans le monde.
Le programme ne mentionne pas une seule fois l’aspiration à construire une société socialiste, écosocialiste ou post-capitaliste, ou même une société simplement libérée du capitalisme, ni ne dénonce le capitalisme en tant que tel, seulement le « capitalisme financiarisé de notre temps [qui] provoque la violence sociale et la dévastation de la nature sans précédent dans l’histoire de la civilisation ». et le désir de « rompre avec le système roi-monnaie ». Qu’un programme électoral dans une situation donnée ne réponde pas à toutes les questions est inévitable. Mais pour savoir si la perspective proposée est vraiment une rupture avec le système capitaliste, la nature de l’objectif est importante.

Il y a deux aspects en rupture claire avec le socialisme de Mitterrand.

Indépendance nationale néo-campiste

La politique internationale, avec la défense d’une certaine forme de néocolonialisme à la Français, malgré l’opposition à la présence de la France dans l’OTAN, dessine une politique d’indépendance nationale basée sur les armes nucléaires, qui n’est pas exempte d’une certaine forme de néo-campisme, qui conduit à ne pas s’opposer frontalement aux adversaires des États-Unis et qui conduit à des positions atténuées vis-à-vis de la Russie, La Chine et sa position dans les conflits internationaux, même face à une révolution comme celle de la Syrie ; ce qui l’amène à vouloir rejoindre la banque de développement des BRICS, soutenir le projet d’une monnaie mondiale commune face au dollar, quitter la Communauté européenne.

Le rejet de l’organisation démocratique des personnes d’en bas

[Cette position] Elle vient de l’adhésion au populisme de gauche, pour lequel la lutte des classes n’est plus l’antagonisme crucial de la société, et qui veut unifier [le peuple] face à l’oligarchie, créer une volonté collective du peuple articulant des revendications hétérogènes autour d’un leader qui représente son unité en recourant à la mobilisation des émotions. Mélenchon n’inclut pas toutes ces théories, pour lui le prolétariat est toujours là, et la logique de son programme ne s’articule pas avec l’idée populiste que « les revendications émanant de la majorité des secteurs de la société… ils sont équivalents les uns aux autres dans leur opposition au régime d’oppression ».

La greffe populiste de la gauche fonctionne différemment. Pour Mélenchon, le parti, tel qu’il a existé tout au long du XXe siècle, doit être remplacé par une forme d’organisation du peuple, le mouvement, sans bords, regroupant des individus singuliers autour du leader. La conscience est relativisée au profit de la mystique de l’enthousiasme. L’organisation politique collective et structurée, qui assimile les équilibres politiques, est abandonnée au profit du mouvement des individus atomisés qui agissent par impulsion et identification.

Cette orientation, formée après le congrès du Parti de Gauche de 2015 que Mélenchon était sur le point de perdre, s’articule autour d’un dispositif organisationnel consolidé, la France Insoumise (FI) créée en 2016, un mouvement gazeux, sans aucune structuration démocratique nationale, comme une machine conçue pour sa réussite électorale. A ce dispositif [pour ces élections] s’est ajouté le « parlement de campagne de l’Union populaire », qui a un objectif clair et limité : le temps de la campagne et structurer le soutien des secteurs qui se mobilisent. Mais ce n’est pas du tout le début d’un processus de réorganisation à gauche avec les représentants des secteurs politiques et sociaux qui se sont décantés ces dernières années. Cela serait contradictoire avec la conception de Mélenchon de la question de l’organisation, qui s’oppose à la construction d’une organisation démocratique qui permette la confrontation et la maturation politique.

En agissant de la sorte, Mélenchon non seulement prend acte du déclin des partis, mais contribue à leur marginalisation. Par conséquent, l’accent que Mélenchon met maintenant sur le Parlement de campagne de l’Union populaire ne peut pas changer Le phénomène politique de Mélenchon, né d’une greffe populiste de gauche sur une ancienne base républicaine socialiste Français.

La révolution citoyenne ?

La mise en œuvre de son programme provoquerait une confrontation avec le capitalisme néolibéral, avec les institutions européennes. Et dans cette confrontation, seule l’articulation de mobilisations de masse auto-organisées qui créent des espaces de contre-pouvoir populaire avec des décisions politiques de rupture peut créer un rapport de forces favorable. Pour ce faire, nous avons besoin d’un projet politique alternatif qui donne un sens global à la confrontation, un projet post-capitaliste, écosocialiste, un système dans lequel le pouvoir est entre les mains des producteurs, et conduit par une ou plusieurs formes d’organisation de la classe exploitée et opprimée.

Mais Mélenchon n’entend pas provoquer une dynamique d’émancipation conduisant à une sortie du capitalisme, ni éduquer les dominés contre les logiques capitalistes. Après un vocabulaire radical sur la révolution citoyenne, il se contente de repeindre l’ancienne voie parlementaire réformiste du changement social par les élections, et plus particulièrement, par l’élection présidentielle, adaptant son rôle de leader populiste de gauche au rôle particulier de l’élection présidentielle dans la Ve République, en utilisant Laclau et Mouffe pour donner une légitimité intellectuelle et une illusion de nouveauté aux vieilles recettes usées.

Faire le point sur les défis actuels

Aujourd’hui, bien que les exploités et les opprimés représentent la grande majorité de la population, ils sont hétérogènes et ne sont pas unis en tant que classe autour d’un projet émancipateur. Unifier les dominés, créer ce nous émancipateurs, porteurs de la vraie liberté, est évidemment une tâche à long terme, qui demandera du temps, une accumulation d’expériences sociales et politiques, une maturation de la conscience, mais c’est inévitable et… cela n’a rien à voir avec la temporalité des échéances électorales.

La campagne et l’action de Mélenchon peuvent-elles marquer un espoir de renouveau pour la gauche radicale, pour des perspectives anticapitalistes, pour une percée dans cette direction ?

Il est possible qu’au niveau électoral elle polarise une partie de ceux qui sont indispensables pour avancer dans la direction de cette création du nous dont nous avons tant besoin, de certaines aspirations anticapitalistes ou de la volonté de lutter contre les processus de fascisation. Et, pour les dominés, il n’est pas indifférent que Mélenchon ait ou non de meilleurs résultats que les candidats sociaux-libéraux, qu’il soit présent ou non au second tour contre Macron, au lieu des duels entre Macron/droite/extrême droite.

Pour combattre de front les contre-réformes néolibérales des 40 dernières années, un résultat électoral à lui seul ne résout rien, mais il peut créer des conditions politiques meilleures ou pires pour ceux qui sont au bas de l’échelle. Cependant, le vote ne résoudra pas à lui seul les questions qui nous préoccupent et celles qui ne trouvent pas de réponses qui émergent spontanément des mouvements sociaux. Alors que la lutte des classes ne s’arrête jamais, l’action consciente d’une classe pour arriver au pouvoir doit être construite.

La reconstruction d’une perspective sociale et politique émancipatrice n’est pas spontanée, pour exister, elle doit être pensée et défendue, argumentée, et doit irriguer l’activité quotidienne.

La construction d’organisations populaires, de cadres collectifs, n’est pas spontanée, elle demande du travail et de la volonté. L’organisation, la formation conjointe, la construction de collectifs dans les entreprises, dans les quartiers, dans les initiatives populaires, à travers les pratiques communes établies avec patience et de manière durable, des expériences de lutte et des conquêtes locales, reste centrale pour créer un rapport de forces. Il reste essentiel d’élaborer conjointement, côte à côte et à différents niveaux, une perspective émancipatrice qui, pour conquérir l’hégémonie, doit être ancrée dans ces pratiques et soutenue par les militants qui font de la politique ensemble.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61625

Traduction : vent du sud

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Cette entrée a été publiée le 23 mars 2022 par dans FRANCE, MELANCHON, PRESIDENTIELLE 2022.
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