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FRANCE : Grève des contrôleurs à Noël : « La SNCF refuse de nous écouter, elle est responsable » !

Après un premier week-end de grève pour les salaires début décembre qui avait réussi à bloquer la moitié des trains, les contrôleurs de la SNCF s’apprêtent à reconduire le mouvement pour le week-end de Noël et du Nouvel An. Entretien avec Anna, contrôleuse en Occitanie.

Une grève se prépare pour les fêtes chez les contrôleurs qui pourrait être assez suivie. Peux-tu nous en dire plus sur où en est le conflit ? 

Cette grève fait suite à un premier week-end de grève du 2 au 5 décembre, qui avait été massivement suivi par les contrôleurs, qu’à la SNCF on appelle plutôt « chef de bord » ou ASCT (Agent du Service Commercial Trains). Lors du premier week-end il y avait eu des débrayages avec des taux de grévistes qui montaient à plus de 90%. Plus de la moitié des trains étaient à l’arrêt pendant ce week-end-là. Depuis la direction n’a proposé que d’augmenter une prime de 600€ brut par an. Face à la colère, la direction nous propose seulement 38,5 euros net par mois d’augmentation ! C’est une insulte envers tous les collègues !

Début décembre, on a montré que notre travail était essentiel pour faire rouler les train.! S’il y a grève à Noël, c’est parce que la SNCF refuse d’écouter les contrôleurs. Aujourd’hui, face à l’inflation on a besoin d’une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail.

La grève s’est montée autour d’un collectif national, le Collectif National des ASCP (CNA). A la SNCF, de nombreuses contre-réformes ont limité le droit de grève et seuls les syndicats représentatifs ont le droit d’appeler à la grève en déposant des préavis. Ainsi, après celui du mois de décembre, deux autres préavis ont été déposés par la CFDT Cheminots et SUD Rail, rejoints par la CGT qui après avoir refusé de soutenir le mouvement a finalement déposé un préavis de grève. L’UNSA a revendiqué sa satisfaction et joue objectivement contre la grève. Un préavis court donc du 23 au 26 décembre et un autre pour le week-end du jour de l’An. Pour autant, les directions de Sud-Rail ou pire de la CGT, qui s’opposaient initialement au mouvement, se refusent toujours à appeler à la grève. 

Alors que la colère à la base dépasse largement les contrôleurs comme en a témoigné la grève des aiguilleurs il y a une semaine, les directions syndicales ne font même pas le minimum syndical pour chercher à étendre le mouvement.

Pourquoi un tel collectif a émergé ?

La construction de ce collectif a permis d’exprimer une pression de la base et sans cette pression ces préavis n’existeraient pas. Le collectif s’est monté à un moment où il n’y avait vraiment aucun plan de bataille venant des directions des syndicats, alors que la colère était présente partout, notamment chez les contrôleurs. On a eu quelques dates, le 18 novembre notamment, mais sans aucune perspective de reconduction, et ce alors que les raffineurs étaient en grève et que c’était le moment de frapper tous ensemble. Le collectif a émergé de ce manque de perspectives proposées par les directions syndicales.

Apparemment il a été lancé à l’initiative des collègues du TGV. Ce n’est pas anodin, ça montre que tout en ayant des salaires un peu plus confortables, en étant souvent en fin de carrière, avec l’inflation et la casse du service public des transports, ces collègues subissent voient, comme tout cheminot, leurs conditions de travail se dégrader. Et tout le monde sait que la dynamique est à ce que ça s’empire, c’est pour cela que cette première réaction a eu autant d’écho.

Le collectif a très vite réuni beaucoup de contrôleurs. A l’heure actuelle sur le groupe Facebook il y a 3400 personnes, sachant qu’on est 10 000 contrôleurs en exercice c’est énorme. Des revendications propres au métier de contrôleur y ont été élaborées avant de solliciter les syndicats pour exiger une demande de concertation immédiate avec la direction et ensuite pour pouvoir déposer des préavis de grève. 

Pourquoi a-t-on pu entendre parler de « gilet-jaunisation » à propos de cette grève ?

Il y a beaucoup de parallèles qui ont été faits avec les Gilets jaunes, notamment par les médias. Du fait que le collectif soit avant tout un groupe Facebook et une organisation par les réseaux sociaux. Mais aussi parce que c’est un cadre qui a émergé en raison de l’absence de réponse à la hauteur des syndicats à nos revendications légitimes, mais aussi de l’absence d’une stratégie qui nous permette de gagner. De fait, le mouvement exprime une certaine spontanéité et un rejet de la routine des directions syndicales en s’organisant en collectif. En revanche, le contenu du mouvement est évidemment très différent de ce qu’ont pu porter les Gilets jaunes.

Si pour l’heure la direction reste inflexible sur la plupart de nos revendications, nous avons arraché, en un seul week-end de grève, une petite avancée sur la prime, ce qui est supérieur à ce que nous avons obtenu ces dernières années malgré nos luttes. Cela montre que la direction de la SNCF pourrait être prête à lâcher de véritables avancées. Cela montre la voie à suivre ainsi que la nécessité de continuer le mouvement. Pour cela, il faudra avancer dans sa structuration à la base, en cherchant à nous coordonner avec d’autres secteurs de la SNCF, pour qu’un plan de bataille plus large émerge. De ce point de vue, les directions syndicales doivent enfin proposer un plan qui, loin des journées isolées, cherche à coordonner la colère qu’il y a au sein de la SNCF.

Comment vois-tu la mobilisation pour les grèves de Noël et du jour de l’An ?

Si c’est encore difficile à dire, les collègues sont plutôt déterminés à se mettre en grève malgré le cheminot-bashing de ces derniers jours. Avec le soutien des médias, le gouvernement et la direction de la SNCF veulent faire peser une pression sur les dirigeants des syndicats et du collectif pour arrêter le mouvement. Une pression qui est telle que la direction de la CGT et de Sud-Rail, si elles maintiennent leur préavis, n’appellent pas à faire grève. De même, il y a eu aussi quelques tergiversations au sein du collectif. Un communiqué du CNA sur Facebook appelait à accepter les propositions de la direction et à mettre fin au mouvement, avant de rétropédaler sous pression de la base des collègues.

Mais face aux propositions méprisantes de la direction, la colère à la base est tellement forte que les collègues semblent déterminés à continuer le mouvement. On ne va pas s’arrêter.

Il y a d’autres luttes à la SNCF qui pourraient converger avec les contrôleurs ?
 
Il y a des luttes partout à la SNCF, il ne se passe pas un mois sans qu’il y ait des grèves, qu’elles soient plus locales ou que ce soit des journées inter-métiers, voire inter-pro, il y a une activité permanente qui fait signe vers une crise profonde. Les aiguilleurs sont sortis le week-end dernier, dans les technicentres les mobilisations n’arrêtent pas, les conducteurs se sont largement mobilisés à la sortie du covid, les aiguilleurs au printemps dernier…

Le problème ce n’est pas le manque de motivation et de colère mais la division et les dates isolés. Cette division est renforcée par la réforme de 2018 puisque maintenant on n’a plus les mêmes interlocuteurs, chaque métier a sa direction, donc même si nos revendications se rejoignent, on bataille face à des directions différentes. C’est vraiment une expression du « diviser pour mieux régner » que met en place la direction et le gouvernement. Mais il est urgent de construire un front commun. Avec la réforme des retraites qui vient et les attaques que le gouvernement prépare, il faudrait plus que jamais construire ces alliances pour pouvoir frapper en même temps et pas en ordre dispersé.

Quelles revendications pourraient permettre d’aller vers un tel mouvement ?

L’appel à la grève du collectif a certainement permis une forte mobilisation parce que les contrôleurs se sont reconnus dans ses revendications sectorielles, propres au métier, mais, en même temps, on sait tous que nos problèmes se retrouvent dans les autres corporations de la SNCF et au-delà. La bataille pour les primes ne doit pas évacuer celle d’une augmentation du salaire fixe par exemple. De même vis-à-vis des conditions de travail, du manque de matériel ou des tensions grandissantes au travail : c’est aussi le lot de la santé, de l’éducation, de tous les travailleurs qui ont été en première ligne du Covid pendant l’épidémie.

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Cette entrée a été publiée le 22 décembre 2022 par dans CHEMINOTS, CRISE SOCIALE, DROITS DES TRAVAILLEURS, ETAT POLICIER, FRANCE, GREVE, SNCF.
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