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145 000 euros en quatre ans et demi : les notes de frais très parisiennes de l’Occitane PS Carole Delga

La présidente du conseil régional d’Occitanie collectionne les déplacements en avion et les nuits d’hôtel haut de gamme à Paris. Des dépenses essentiellement liées à ses fonctions à la tête de l’association Régions de France.

Armelle Parion et Benjamin Peyrel (Mediacités)

CelaCela coûte cher d’être présidente des président·es. Élue en 2021 à la tête de Régions de France, la présidente du conseil régional d’Occitanie multiplie les allers‐retours entre Toulouse et Paris, pour représenter le lobby des régions auprès des institutions françaises et européennes. 

En recoupant les notes de frais de Carole Delga, auxquelles Mediacités a (non sans mal) eu accès, et l’agenda de la présidente, on constate qu’une grande partie des 145 000 euros dépensés par l’élue entre juillet 2021 et décembre 2025 sont imputables à cette représentation. Selon notre décompte, les frais de transport représentent 70 000 euros sur cette période. Les frais d’hôtel s’élèvent, quant à eux, à 62 000 euros. 

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Carole Delga. © Illustration Mediacités

Pour faire ce décompte, il a fallu éplucher plus de 500 pages de documents que la région Occitanie nous a transmis, près de trois ans après notre première demande. Dans cet amas de factures, nous avons retracé plus de deux cents déplacements, la très grande majorité du temps à destination ou en provenance de Paris. 

Le tout premier date de juillet 2021, soit quelques jours à peine après sa réélection à la tête de la région Occitanie. Du 5 au 6 juillet, l’élue s’envole à Paris. Un aller‐retour à 466 euros, avec la compagnie Air France, qu’elle renouvelle dès le 8 juillet, pour participer au conseil des régions du lendemain, au cours duquel elle est élue à la présidence de Régions de France. Cet aller‐retour est facturé 372 euros à la collectivité.

Cette nouvelle responsabilité au sein d’une institution défendant le projet d’une « France réellement décentralisée » a généré de très nombreux déplacements… « Désignée à cette fonction [présidente de Régions de France – ndlr] par l’ensemble des présidents de région en 2021, Carole Delga a la responsabilité de porter leur voix au niveau national. Les lieux de décision, ministères et instances, sont concentrés à Paris. Y être présente régulièrement est une obligation pour défendre les intérêts des régions et faire entendre la voix des citoyens et des territoires », justifie la collectivité, interrogée par Mediacités.

La présidente répond largement à cette obligation. Le 21 juillet 2021, elle réalise un nouvel aller‐retour dans la journée (345 euros), pour mettre en place un « agenda de travail » entre le gouvernement de Jean Castex et les président·es de région.

La première assemblée générale de Régions de France a lieu le 8 septembre suivant, engendrant un nouveau déplacement parisien, cette fois‐ci en train et en première classe depuis Montpellier (150 euros). Quelques jours plus tard, les président·es de région sont reçu·es par le premier ministre, ce qui entraîne un nouveau déplacement de Carole Delga à Paris, du 12 au 14 septembre, en avion cette fois‐ci, et depuis Toulouse (294 euros l’aller‐retour). 

Début octobre 2021, elle se rend une nouvelle fois à Paris pour rencontrer le ministre de l’éducation nationale, Jean‐Michel Blanquer, puis celui de l’économie, Bruno Le Maire. Ces deux rendez‐vous occasionnent près de 700 euros de frais de vols (à cause d’un report du 5 au 6), sans compter la nuit d’hôtel à 300 euros.

Ce sont au total 70 213 euros qui ont été dépensés en frais de déplacement par Carole Delga entre juillet 2021 et décembre 2025, ce qui constitue le premier poste des 145 467 euros de frais qui incombent à la région Occitanie. Régions de France ne prend en effet pas en charge les déplacements (transport et hébergement) entre le territoire de l’élue et son siège. Seuls les déplacements « spécifiques à l’activité de cette association, à partir de Paris, sont financés par celle‐ci », explique la collectivité, s’en remettant « aux règles établies de longue date par l’association des Régions de France ».

L’analyse des notes de frais de la présidente occitane montre pourtant une application aléatoire de ces règles. Ainsi, les 27 et 28 septembre 2023, elle prend un avion pour Rennes, avant d’animer le congrès de Régions de France, qui se tient à Saint‐Malo. Le déplacement a beau être clairement relié à l’activité de l’association, le départ n’étant pas Paris, c’est la région Occitanie qui paye. Après une modification, le billet EasyJet revient au total à 355 euros. 

Le 3 avril 2024, c’est aussi sous sa casquette de présidente de Régions de France que Carole Delga se rend à Bruxelles depuis Paris, pour participer au 9forum européen sur la cohésion, et « présenter les propositions de Régions de France sur les mobilités décarbonées »

Mais c’est encore la région Occitanie qui paye les trois allers simples en Thalys. Coût total : 448 euros. Quitte à faire régler l’addition par sa région, l’élue occitane en profite d’ailleurs « pour faire entendre la voix de l’Occitanie auprès des décideurs européens »

Trajets payés triple

Certains déplacements sans lien direct avec la région Occitanie s’avèrent particulièrement onéreux, en raison de réservations faites en dernière minute. Le 3 mars 2025 par exemple, les services de l’élue réservent un aller‐retour Toulouse‐Paris en avion pour le lendemain, à 916 euros, pour que Carole Delga aille dévoiler le résultat d’une étude sur l’égalité femmes‐hommes au sein des administrations régionales

Autre exemple, quand elle se rend à Paris du 11 au 13 octobre 2023, pour une rencontre avec Les Restos du cœur, le 12 octobre. Deux allers‐retours sont pris en charge par la région Occitanie, d’abord le 5, puis le 9 octobre, pour un total de plus de 1 000 euros. Finalement, un billet de train est réservé le 13 octobre pour le retour de la présidente à Toulouse (190 euros). Sans compter les frais de deux nuits d’hôtel occasionnés par le séjour, pour près de 500 euros. Coût total de l’opération : 1 690 euros.

Autre cas : la présidente prend, le 20 mai 2025, un vol Toulouse‐Paris à 715 euros. Objectif : coprésider la conférence interrégionale franco‐marocaine, aux côtés de la présidente de l’association Régions du Maroc et de la région Guelmim‐Oued Noun, dans les locaux de Régions de France. Pour son retour prévu le 21 mai, trois billets sont achetés successivement, occasionnant 51 euros de frais de modification, pour un prix total de plus de 1 400 euros, sans compter la nuit d’hôtel à 457 euros…

La collectivité justifie ces dépenses multiples par le fait que les fonctions de Carole Delga « impliquent des agendas contraints et évolutifs, avec des rendez‐vous pouvant être modifiés à la dernière minute ». Elle les explique également par la situation géographique de Toulouse. 

« Contrairement à d’autres grandes métropoles françaises, Toulouse souffre d’un handicap majeur : l’absence de ligne à grande vitesse (attendue depuis plus de vingt-cinq ans), indique-t-on. Là où un trajet Nantes-Paris s’effectue en train en deux heures ou un Lille-Paris en une heure, un déplacement Toulouse-Paris nécessite quatre heures trente à cinq heures, sans garantie de fiabilité compatible avec des agendas institutionnels exigeants. Le recours à l’avion n’est donc pas un choix de convenance, mais une nécessité. »

Autre argument avancé par la région Occitanie : « Carole Delga habite un village au sud de la Haute‐Garonne [Martres‐Tolosane – ndlr], à quarante-cinq minutes de Toulouse. Cette situation a une conséquence directe : l’éloignement de Toulouse impose des nuitées sur place [à Paris – ndlr], là où des élus venant de Nantes ou de Lille peuvent facilement effectuer l’aller-retour en train dans la journée. »

Un goût pour les quatre-étoiles

Les frais d’hôtel sont le deuxième poste de dépenses de Carole Delga. Selon notre calcul, 62 217 euros ont été dépensés entre juillet 2021 et décembre 2025, principalement dans des établissements parisiens. Sur 155 nuits d’hôtel, le prix moyen de la nuit s’élève à 401 euros, le plus souvent avec petit-déjeuner. 

À la capitale, Carole Delga a son quartier de prédilection : Saint‐Germain‐des‐Prés, dans le VIarrondissement. Du 8 au 10 septembre 2022, elle passe deux nuits dans l’hôtel quatre-étoiles de l’Abbaye, pour 841 euros. Du 19 au 21 juin 2023, c’est à l’hôtel Académie Saint‐Germain qu’elle dort, pour près de 1 000 euros. Dès le lendemain, elle regagne son quatre-étoiles préféré : le très chic hôtel des Saints-Pères. En quatre ans et demi, elle dort 141 fois dans cet établissement, pour un total de 58 000 euros.

En septembre 2024, elle y est du 13 au 16 (pour 1 552 euros), puis du 17 au 18 septembre pour (536 euros), soit 2 108 euros de frais d’hébergement au total. Entre ses deux séjours, Carole Delga a le temps de faire un petit tour en Occitanie. Elle retourne à Paris en train depuis Montpellier (49 euros en seconde classe), avant de rentrer à Toulouse en avion (361 euros). 

Ce va‐et‐vient s’explique sans doute par l’effervescence autour de la rentrée politique, deux mois après les législatives anticipées de 2024. Après avoir soutenu le Nouveau Front populaire, Carole Delga appelle à rompre avec La France insoumise, comme elle l’explique dans une interview accordée à Libération et publiée le 18 septembre. 

Frais de bouche raisonnables

Ces voyages s’accompagnent logiquement de dépenses dans des cafés et des restaurants, souvent dans le même quartier de Saint‐Germain‐des‐Prés. Mais avec 8 022 euros déclarés, le budget « frais de bouche » de Carole Delga est loin d’être exorbitant. Ces notes s’élèvent en moyenne à 109 euros chacune. 

Un autre lieu a retenu notre attention : l’Eclectic, une brasserie désormais fermée du XVarrondissement, où elle a côtoyé à trois reprises plusieurs convives.

Ils sont ainsi dix personnes à se retrouver aux frais de la collectivité pour un dîner, le 22 novembre 2022, en marge du 104e Congrès des maires. Total de la note : 397 euros. Le 16 novembre 2021, elle réunit au même endroit cinq convives pour le déjeuner. Ce jour‐là, Carole Delga, alors porte‐parole d’Anne Hidalgo, était l’invitée de Jean‐Jacques Bourdin sur BFMTV pour parler de la présidentielle. Mais c’est bien la région Occitanie qui lui a remboursé ce repas. Pour quel motif ? Nous n’en saurons rien.

La présidente déjeune à nouveau à cette adresse le 24 novembre 2021, accompagnée cette fois‐ci de sept personnes, pour 305 euros. Ce jour-là, sa seule activité connue est le courrier commun qu’elle adresse aux chef·fes d’établissement des lycées et collèges, cosigné avec le ministre Jean‐Michel Blanquer. Le lendemain, elle est interviewée par Sud Radio, dans « Le petit déjeuner politique », pour évoquer notamment la politique européenne en matière d’immigration, les mesures sanitaires face au nombre de cas de covid‐19 et la nécessaire construction, selon elle, d’une ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux et Toulouse. 

Interrogée sur le contexte de ces repas à plusieurs convives et le nom de leurs participants, la région nous a seulement indiqué que « les repas réunissant plus de quatre personnes sont rares et correspondent à des déjeuners de presse ou des réunions avec des équipes techniques pour préparer des séquences importantes (ex. : le Salon de l’agriculture) ».

Chemisier et veste en cuir

Côté vêtements, la présidente de la région d’Occitanie et de Régions de France a seulement dépensé 3 162 euros au total sur la période 2021–2025. Une somme modeste, comparée aux robes Dior à 6 320 euros d’Anne Hidalgo.

D’après les notes que Mediacités a compulsées, en quatre ans, Carole Delga a effectué une dizaine d’achats de prêt‐à‐porter. En novembre 2021, la présidente s’offre aux frais du contribuable une veste en fausse fourrure à 275 euros dans une boutique de la rue des Saints-Pères, à quelques mètres de son hôtel parisien favori. 

Le 30 décembre 2021, elle achète une paire de chaussures dans un magasin de ski aux Angles, dans les Pyrénées-Orientales, à 400 euros. Un achat qui pose question, car nous n’avons pu établir aucune corrélation entre l’agenda de la présidente et celui‐ci. Interrogée à ce sujet, la collectivité ne nous a pas répondu.

En février 2022, elle craque pour un pull et un autre article dont le nom est illisible sur le ticket, pour 198 euros ; un mois durant lequel elle fait de nouveau chauffer la carte bancaire, à Toulouse, pour un tailleur-pantalon à 380 euros, puis des chaussures à 480 euros. 

En dehors d’un chemisier à 175 euros à Paris en octobre 2021, Carole Delga fait surtout les boutiques dans la Ville rose, où elle s’offre également une veste en cuir à 276 euros en novembre 2022. Deux mois avant, le 17 septembre, elle s’était aussi acheté un haut et un autre article chez Zadig & Voltaire, pour 610 euros.

Dans la capitale, la présidente fréquente davantage les salons de coiffure. Deux adresses ont sa préférence : un salon à Saint‐Germain‐des‐Prés et un autre dans le XVe arrondissement, pour des factures raisonnables, entre 35 et 45 euros.

Les frais occasionnés par Carole Delga restent cependant modérés en comparaison de ceux d’Anne Hidalgo. Les déplacements en France et à l’étranger de l’ancienne maire de Paris ont atteint près de 125 000 euros entre juillet 2020 et décembre 2023, comprenant un voyage à Tahiti très décrié, qui a été prolongé aux frais des contribuables. 

Armelle Parion et Benjamin Peyrel (Mediacités)

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Cette entrée a été publiée le 10 Mai 2026 par dans anticapitalisme.